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France
Roms: la gêne des catholiques
Bernard Delattre
Mis en ligne le 24/08/2010
"La position de l’Eglise est claire, et elle a été rappelée dimanche par le Pape. C’est de rappeler que le respect des personnes est impératif, qu’il faut être disponible à une solidarité effective", a précisé André Vingt-Trois. Qui s’est dit hostile à ce qu’une communauté soit assimilée à une "culpabilité collective", "montrée du doigt". "Les évêques de France sont très soucieux depuis de nombreuses années" de la politique migratoire hexagonale, a rappelé, dans la foulée, leur porte-parole, Mgr Bernard Podvin.
Précédemment, l’archevêque d’Arles (Bouches-du-Rhône) s’était ému des conditions d’expulsion de certains camps de Roms et avait jugé "inacceptables" les "discours sécuritaires qui peuvent laisser entendre qu’il y a des populations inférieures". Dimanche, un prêtre de Lille (Nord) avait fait grand bruit en dénonçant la "guerre" faite aux Roms selon lui. "J’étais étranger et vous m’avez accueilli", a renchéri lundi l’archevêque de Clermont-Ferrand (Puy de Dôme), citant l’Evangile selon Saint-Mathieu. A ses yeux, dans la vague actuelle d’expulsions, "il y a des méthodes qui ne sont pas bonnes" et qui le sont d’autant moins qu’elles touchent "des gens très fragiles" qu’il faut "connaître, accepter et respecter".
Au même moment, l’ex-ministre Christine Boutin a constaté que cette question des Roms avait entraîné "une fêlure importante" entre son petit Parti chrétien-démocrate et l’UMP. Et, le matin même, le quotidien chrétien "La Croix" s’est élevé contre "la stigmatisation" , "depuis plusieurs semaines", des gens du voyage. A relayé l’appel de l’aumônerie catholique de Lourdes à pétitionner contre "la politique raciste du gouvernement". Et s’est demandé quels "jugements disqualifiants seront adressés (par le pouvoir) aux hommes d’Eglise qui ont simplement à cœur de faire entendre une parole d’humanité"- alors que le n° 1 de l’UMP, Xavier Bertrand, a récemment fustigé les "bien-pensants" critiques envers le gouvernement.
Toutes ces prises de position issues de la mouvance catholique constituent-elles "une passe d’armes", voire "une offensive", de l’Eglise contre le pouvoir sarkozyste, comme l’analysaient plusieurs médias lundi ? En tout cas, tant les ministres de l’Intérieur que de l’Immigration se sont bien gardés de jeter de l’huile sur le feu. S’ils ont démenti toute inhumanité dans le sort des Roms, ils ont sobrement pris acte des positions de l’Eglise. Il faut dire que leur collègue Bruno Le Maire, qui avait rappelé la règle de la séparation entre l’Eglise et l’Etat, s’est pris une sèche réplique de l’archevêque de Clermont, pour qui "cette séparation n’est pas l’ignorance du bien commun".
Avec cette controverse sur les Roms, comme jadis avec son style de pouvoir très ostentatoire et avec les "affaires" Frédéric Mitterrand, Jean Sarkozy ou Henri Proglio, l’Elysée est-elle en train de perdre le soutien de l’électorat catholique ? "Il faut rester prudent", jugeait lundi Jérôme Fourquet, de l’institut Ifop.
En 2007, Nicolas Sarkozy, grand zélateur des "racines chrétiennes" de la France et admirateur de Jean-Paul II, avait été massivement soutenu par l’électorat catholique : 37 % des électeurs de cette confession avaient voté pour lui. Sociologiquement, les catholiques se retrouvent davantage dans deux groupes (les seniors et les femmes) qui, traditionnellement, votent à droite. Qui "peuvent être sensibles aux positions de l’Eglise sur la question des Roms, mais qui le sont aussi, de par leur composition sociologique, aux discours sur la sécurité", selon Jérôme Fourquet.
Au demeurant, avant ce débat enflammé sur les Roms, une étude Ifop de 2010 avait confirmé l’ancrage à droite de l’électorat catholique - qui se déclare à 30,6 % partisan de l’UMP, contre 25 % pour le corps électoral dans son ensemble.
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