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Qu’est-ce qu’être... | Israélien (2/6)

Jeunes arabes et juifs dos-à-dos

Renée-Anne Gutter

Mis en ligne le 31/08/2010

Le service militaire apprend à occulter les positions de l’autre.
Correspondante à Jérusalem

Amar, 20 ans, diplômé technicien. Il vit dans la périphérie de Jérusalem et fait partie de ces Arabes qui forment 20 % des citoyens d’Israël. Avec son patron juif, il est venu le mois dernier - l’été est torride - placer un climatiseur dans mon appartement. Agile à l’ouvrage, il est souriant et bavard.

Il a récemment commencé à économiser pour pouvoir se marier d’ici quelques années. Il a un œil sur sa voisine, me raconte-t-il. "Avant, à l’époque de nos parents, on était déjà marié à 20 ans. Et de préférence avec quelqu’un de la même "hamoula", entre cousins. On avait déjà un début de marmaille". Mais tout ça, c’est fini. Amar ne pourra pas se marier de sitôt. "La dot est devenue trop chère. Surtout à cause du prix de l’or". Il devra donc accumuler un sérieux pécule avant de pouvoir offrir à sa promise, comme le veut la tradition, des bracelets d’or, des robes et un trousseau. Et avec le coût de la vie, lui qui a neuf frères et sœurs ne compte pas avoir plus de trois enfants. "En espérant tout de même qu’il y ait un garçon parmi eux !"

Comme Amar, à 20 ans, la plupart des Arabes israéliens balisent leur avenir, rêvant surtout d’améliorer leur statut social, de bâtir leur propre maison, de s’intégrer dans la vie moderne. Sans pour autant se mélanger avec leurs concitoyens juifs. Car parallèlement au nationalisme de leurs frères palestiniens dans les territoires, les Arabes d’Israël mettent aujourd’hui un point d’honneur à cultiver leur spécificité arabe à l’intérieur de l’enveloppe israélienne. Par contre, à 20 ans, la plupart des juifs israéliens sont à l’armée, avec un avenir encore peu délimité. Mais comme indiquent de récentes études, avec des idées déjà bien arrêtées sur la vie.

Reflétant la société de leurs aînés, la majorité des jeunes juifs israéliens sont aujourd’hui patriotiques, nationalistes, avides de servir dans des unités de combat, réticents à octroyer l’égalité des droits à leurs concitoyens arabes. Car comme leurs aînés, ils s’estiment plus que jamais en état de guerre pour la survie nationale.

Selon la pédagogue Shifra Saguy, de l’université Ben-Gourion, le service militaire (qui est obligatoire en Israël - au moins trois ans pour les garçons, autour de deux ans pour les filles -) apprend à donner uniquement raison aux positions israéliennes et à occulter les positions de l’autre. Ce qui amène les jeunes adultes à cultiver des points de vue extrêmes. "Contrairement aux jeunes d’autres pays occidentaux, ils ne s’autorisent pas à avoir des vues pluralistes". A quoi s’ajoute le fait que personne, en Israël, ne peut se soustraire à l’actualité politico-militaire. Ce qui accule les jeunes à s’impliquer.

Aux pôles les plus radicaux, l’on trouve à droite des milliers de filles et garçons mobilisés pour la défense des colonies juives en territoire palestinien. A gauche, ce sont des milliers de jeunes qui manifestent chaque semaine contre le mur de séparation qu’Israël a érigé en Cisjordanie et contre l’expansion juive dans la Jérusalem-Est palestinienne. Mais peu d’engagement social, peu de contestation estudiantine. Car, disent les sociologues, l’Israélien n’entame ses études qu’après le service militaire. Plus adulte, il se soucie alors surtout de son avenir personnel.

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