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Mexique

Beaucoup d’emplois sont payés 300 dollars. Chez les "narcos", c’est 2 000

Marie-France Cros

Mis en ligne le 04/09/2010

Malgré l’offensive anti-narcos, les cartels ne perdent pas de terrain.
Analyse

Le récent massacre de 72 émigrants clandestins centraméricains, qui traversaient le Mexique pour se rendre aux Etats-Unis, est venu attirer à nouveau l’attention sur la dérive préoccupante du plus grand pays d’Amérique centrale, "si loin de Dieu et si près des Etats-Unis".

Voisin du plus grand consommateur mondial de drogue, le Mexique doit en effet faire face, depuis une dizaine d’années, au pouvoir grandissant des trafiquants locaux.

D’abord simples intermédiaires des narco-cartels boliviens puis colombiens, les trafiquants mexicains - qui cultivent la marijuana et transportent la cocaïne, l’héroïne et les drogues de synthèse produites ailleurs - n’ont cessé de croître en puissance, au point de menacer aujourd’hui l’Etat.

Elu en 2006, le conservateur Felipe Calderón leur a déclaré la guerre dès son arrivée aux affaires. Mais n’est-il pas en train de la perdre?

Car malgré l’introduction de l’armée dans la lutte avec 50 000 hommes, le renvoi de milliers de policiers corrompus par les "narcos", la violence liée au trafic s’est accrue (28 000 morts depuis le lancement de l’offensive, dont 7 000 depuis le début 2010) et la puissance des cartels ne semble pas atteinte.

Le président Calderón vante la récente arrestation du "baron" de la drogue Edgar Valdez Villarreal, dit "Barbie" en raison de son teint clair, et la mort, lors d’échanges de tirs avec l’armée, de deux grands trafiquants en un an, Arturo Beltran Leyva, en décembre 2009, et, en juillet dernier, celle de Nacho Coronel, lieutenant du premier trafiquant du pays, Joaquin Guzman, en cavale depuis 2001, ainsi que celles de 125 "chefs et lieutenants".

Mais les "narcos" font toujours régner la terreur sur des régions entières du Mexique où, de facto, ils font la loi.

Car là où un chef "narco" est abattu, dix autres se lèvent pour le remplacer. Beaucoup de jeunes Mexicains n’ont pas l’espoir de gagner plus de 300 dollars par mois dans un emploi normal. Chez les "narcos", c’est 2 000 à 5 000, avec voiture, vêtements à la mode, le respect forcé de la population et la faculté de tout exiger d’elle par la terreur. Les chercheurs mexicains évaluent à quelque 500 000 le nombre d’emplois fournis par les "narcos": 300 000 dans la culture de la marijuana; 160 000 dans le transport et la commercialisation des drogues; 40 000 tueurs.

Face à ce pactole, la perspective de mourir jeune dans un règlement de comptes ou dans la lutte pour un territoire contre d’autres "narcos" (90% des 28 000 morts depuis 2006 relèveraient de cette catégorie) compte peu : le rajeunissement visible (un grand nombre ont de 15 à 18 ans) des "sicarios", les tueurs recrutés par les trafiquants, est là pour le prouver.

Beaucoup d’hommes de main des trafiquants sont racolés le long des 3 100 km de frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, là où traînent les candidats à l’émigration clandestine venus de toute l’Amérique centrale, voire de plus loin, et déportés par les garde-frontière américains qui les ont repérés grâce aux drones et caméras qui surveillent sans cesse la ligne de démarcation entre le pays le plus riche de la terre et le tiers-monde.

Beaucoup de ces perdus acceptent le "job" de tueur qui leur est alors proposé : 2 000 dollars par mois, c’est Byzance quand on ne sait comment payer ni son retour à la maison, ni son prochain repas. Les 72 victimes de San Fernando avaient refusé de devenir "sicarios" ; ils ont été abattus comme au tir aux pipes par leurs recruteurs peu convaincants, le gang des "Zetas" (la lettre Z en espagnol), formé d’anciennes troupes d’élite passées à l’ennemi.

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