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La Belgique en Europe

A grandes eaux ...

Gilles Toussaint

Mis en ligne le 06/09/2010

En matière d’épuration des eaux usées, notre pays fait figure de cancre européen. La Wallonie met les bouchées doubles pour rattraper ce retard.

Un bâtiment pimpant, d’immenses bassins qui semblent couler des journées paisibles Inaugurée, en avril dernier, la station d’épuration d’Andenne se fait discrète en bord de Meuse. Du dehors, ni bruit ni odeur. Une fois à l’intérieur de ce vaste hangar, le parfum de fermentation qui chatouille les narines et le brouhaha causé par l’écoulement du flux des eaux usées n’en sont que plus surprenants. Pour arriver jusque-là, celles-ci ont emprunté les égouts avant de rejoindre un réseau de collecteurs qui, avec l’aide d’une vingtaine de stations de pompage, les amènent jusqu’au cœur du système d’assainissement. "La qualité du réseau de collecte joue un rôle essentiel dans l’efficacité d’une station d’épuration" , commente Olivier Bourlon, le responsable de ces installations qui fonctionnent de manière entièrement automatisée.

Une fois dans la place, le prétraitement peut débuter. Projetées contre un tamis (le dégrilleur), les eaux sont débarrassées de tous les déchets de plus de 6 mm qui pourraient nuire au bon fonctionnement du système : cailloux, morceaux de plastique ou de bois, canettes et autres joyeusetés. Passée cette première étape, les effluents plongent dans une deuxième cuve qui permet, cette fois, d’en extraire le sable et les graisses issues notamment des produits ménagers auxquels nous recourons quotidiennement. Non recyclables, ces résidus graisseux seront incinérés. Au passage, on en profite pour récupérer "tout ce qui flotte" et qui a échappé au dégrillage : ongles, coton-tiges Avant d’être évacué vers l’extérieur, explique notre guide, l’air ambiant est lui aussi aspiré et traité par un processus physico-chimique, éliminant ainsi toute effluve nauséabonde qui serait peu appréciée du voisinage.

Retour à l’air frais, donc. Débute alors la phase d’épuration à proprement parler. Pour ce faire, les eaux sont mélangées avec une boue composée de bactéries. Des micro-organismes qui vont "digérer" les polluants présents dans les effluents : composés carbonés, phosphore, nitrates Histoire de les mettre en condition, ces bactéries passent d’abord par un bassin où elles sont privées d’oxygène. Elles rejoignent ensuite une autre cuve dans laquelle de l’oxygène est, à l’inverse, régulièrement injecté afin de favoriser les réactions biologiques. Le mélange y est également mixé à l’aide de deux hélices afin d’assurer un maximum de contacts entre les polluants et leurs "prédateurs". Le parcours touche presque à sa fin.

Avant de rejoindre la Meuse, les eaux, désormais régénérées, doivent cependant encore séjourner dans un bassin de décantation permettant d’en récupérer les boues. A la manière d’un levain, une petite partie de celles-ci sera réinjectée dans le processus, tandis que le reste est déshydraté à l’aide d’une centrifugeuse. Si ces boues ultimes prennent actuellement la direction de l’Allemagne où elles sont incinérées, elles pourraient, par la suite, servir d’amendement agricole, après avoir été hygiénisées avec de la chaux. L’occasion pour M. Bourlon d’insister sur un point crucial : les égouts ne doivent en aucun cas servir de déversoir aux huiles moteur ou ménagères qui, tout comme le mazout, vont saboter le processus d’épuration et condamner les boues à l’incinération.

Partout en Wallonie, les chantiers de ce type se multiplient pour tenter de rattraper l’important retard pris en la matière. A l’heure actuelle, en effet, une quarantaine d’agglomérations belges (dont trente-deux villes wallonnes) ne disposent toujours par d’un système d’assainissement complet, comme l’impose pourtant une directive européenne promulguée en 1991 (1). Etranglée financièrement, la Région avait d’autres eaux à brasser dans les années 90. Raison pour laquelle, sans doute, le dossier "Epuration" fut trop longtemps tenu écarté des priorités politiques.

"C’était, de toute façon, un timing impossible" , observe Jean-Luc Martin, le patron de la Société publique de gestion de l’eau (SPGE), mise sur pied en 1999 pour remédier à cette situation. Rattraper le temps perdu n’est pas simple, poursuit-il. "L’assainissement demande de lourds travaux qui posent un certain nombre de difficultés. Il faut réaliser les études, obtenir les autorisations de construire, entamer des démarches d’expropriation dans certains cas. Quand vous devez passer dans le jardin d’un particulier pour y placer une conduite en sous-sol, cela ne passe pas toujours comme une lettre à la poste. Nous sommes confrontés au phénomène Nimby au sens large" , regrette notre interlocuteur. Et d’illustrer cette réalité par un exemple concret : "A Braine-le-Château, nous avons dû changer sept fois d’endroit, notamment parce que l’on a trouvé des orchidées protégées sur le premier site retenu. Le premier coup de pioche a été donné en 2009, alors que le marché avait été attribué en 2003 "

A l’heure actuelle, la Wallonie a déjà investi 2,1 milliards d’euros dans ce programme qui est aux trois quarts réalisé. "Sur le plan financier, il n’y a aucun problème, on pourrait tout construire et payer demain. Mais la réalisation des chantiers concernés demande du temps. Pour les agglomérations de plus de 10 000 équivalents-habitants (EH), nous pensons être parfaitement prêts fin 2013 et fin 2015 pour celles de 2 000 à 10 000 EH; néanmoins tout est mis en œuvre pour avancer ces délais respectivement à 2012 et 2013. Alors que de nombreux pays sont également en retard, nous avons l’impression d’être devenus de bons élèves européens, il est donc très frustrant de se sentir pointés du doigt", conclut M. Martin.

(1) La directive fixait de strictes échéances, le 31/12/1998 pour les agglomérations de plus de 10 000 EH et le 31/12/2005 pour celles de 2 000 à 10 000 EH. Un EH représente la quantité de pollution générée quotidiennement par une personne. En ce qui concerne les eaux usées, la population wallonne (environ 3 400 000 habitants) équivaut ainsi à 4 600 000 EH.

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