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Massacre à Kigali

Rwanda: l'Etat belge coupable d'avoir omis d'agir ?

BELGA

Mis en ligne le 08/09/2010

Elles considèrent l'ordre de quitter l'école "illégal" et "criminel", ayant provoqué la mort de plus de 2.000 réfugiés, alors que "les militaires belges savaient que des génocidaires encerclaient l'ETO, et connaissaient leur intention".
Le procès intenté par deux rescapées du génocide rwandais, dont la veuve d'un ministre rwandais, à l'Etat belge et trois officiers belges a débuté mercredi au tribunal civil de Bruxelles. Les parties civiles estiment que l'Etat belge et trois officiers sont coupables d'avoir "omis d'agir" en abandonnant le 11 avril 1994 dans l'Ecole technique officielle Don Bosco (ETO) à Kigali plus de 2.000 réfugiés, qui ont été massacrés après le départ des soldats belges. Les débats ont porté notamment sur la prescription des faits. Les actions ont été introduites en 2004 et 2007.

Les avocats de la veuve de l'ex-ministre des Affaires étrangères Boniface Ngulinzira considèrent que l'omission d'agir constitue une infraction grave à la convention de Genève et qu'elle est imprescriptible. Les avocats de Marie-Agnès Uwali, la seconde rescapée, ont justifié la citation tardive de l'Etat belge par leur cliente par le fait que la responsabilité de la Belgique ne s'est révélée que progressivement. Les avocats de la défense estiment les faits prescrits. Ils considèrent par ailleurs que la responsabilité de l'Etat belge n'est pas engagée, estimant que les militaires belges agissaient sous les ordres de l'ONU. Selon les parties civiles, l'autorisation d'abandonner l'Ecole technique a été donnée au capitaine Lemaire par le major Dewez, en accord avec le colonel Marchal.

Elles considèrent l'ordre de quitter l'école "illégal" et "criminel", ayant provoqué la mort de plus de 2.000 réfugiés, alors que "les militaires belges savaient que des génocidaires encerclaient l'ETO, et qu'ils connaissaient leur intention". "La Belgique a remis 2.000 réfugiés qui étaient sous leur protection entre les mains de leurs tueurs", a déclaré Me Eric Gillet, avocat de Florida Mukeshimana-Ngulinzira. Celle-ci avait été recueillie avec son mari, "cible des durs du régime", par des soldats belges de la MINUAR (la force de paix de l'ONU au Rwanda) pour être conduits par mesure de sécurité vers l'ETO. Depuis le 7 avril, début du génocide, et jusqu'au 10 avril, des réfugiés convergeaient vers l'ETO pour bénéficier de la protection des soldats belges. Le 7 avril, après la mise à mort des dix paras belges, le gouvernement belge a pris la décision de principe de retirer ses troupes. La décision formelle n'est tombée que le 16 avril, soit après l'abandon de l'ETO le 11 avril, a souligné Me Gillet. "Les Interahamwé (miliciens armés) qui assiégeaient l'ETO depuis plusieurs jours étaient tenus en respect par les soldats belges". Après le départ de ceux-ci, les réfugiés ont été emmenés vers une colline où ils ont été massacrés.

Les avocats de la veuve de l'ex-ministre pointent du doigt essentiellement la responsabilité de l'Etat belge mais aussi celles du colonel Marchal "qui a ordonné de quitter l'ETO" et du capitaine Lemaire, qui "au lieu d'assumer la protection de la famille Ngulinzira, a empêché à deux reprises son évacuation". Les avocats de la seconde rescapée n'ont cité que l'Etat belge. Me Luc Walleyn a comparé le massacre à l'ETO au drame du Heysel, à la suite duquel des gendarmes belges ont été condamnés "pour ne pas être intervenus efficacement". Le procès se poursuivra jeudi matin avec les plaidoiries de la défense. Les trois officiers et les deux rescapées du massacre devraient être entendus par le tribunal.

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