Abonnez-vous a La Libre Belgique

Turquie

La Turquie aux urnes pour un référendum constitutionnel

AFP

Mis en ligne le 10/09/2010

Les changements proposés, assez disparates, renforcent par exemple la protection des droits des femmes et des enfants, ainsi que le pouvoir de négociation collective sur les salaires pour les fonctionnaires.

Le 12 septembre, 30e anniversaire du coup d'Etat militaire de 1980 en Turquie, les électeurs sont appelés aux urnes pour se prononcer par référendum sur une série de 26 amendements destinés, selon le gouvernement d'Ankara, à renforcer la démocratie et à encore mieux aligner la Constitution de 1982, issue de ce coup d'Etat, sur les critère européens, élément central de la candidature turque d'adhésion à l'UE.

Ce référendum, organisé à une date aussi symbolique, ressemble à un vote de confiance pour le gouvernement AKP (parti de la justice et du développement) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, aux commandes depuis huit ans. Mais il est également un terrain d'affrontement entre cette équipe, représentative de cette classe politique et sociale montante incarnant l'islamisme modéré, et les tenants des cercles laïcs autrefois au pouvoir.

"La décision est entre vos mains", a déclaré Erdogan aux électeurs mardi soir. "D'un côté, nous avons la Constitution du coup d'Etat, de l'autre, la constitution du peuple". Les sondages d'opinion donnent le "oui" à la réforme constitutionnelle en tête, à une très étroite majorité. Les changements proposés, assez disparates, renforcent par exemple la protection des droits des femmes et des enfants, ainsi que le pouvoir de négociation collective sur les salaires pour les fonctionnaires.

La réforme prévoit également de redéfinir en profondeur les rapports entre pouvoirs politique et judiciaire. Il s'agit notamment d'augmenter le pouvoir des tribunaux civils par rapport aux tribunaux militaires, et le cas échéant d'ouvrir la voie au procès des auteurs du coup d'Etat de 1980, lequel mit fin à des années de quasi-guerre civile entre extrême gauche et extrême droite, mais déboucha sur la répression massive, la torture et les exécutions extrajudiciaires.

Les juristes estiment cependant qu'il ne sera pas possible de juger le chef d'état-major Kenan Evren et ses subordonnés directs qui prirent le pouvoir au petit matin du 12 septembre 1980. Mais l'opposition affirme que le gouvernement cherche surtout à augmenter la mainmise du politique sur le pouvoir juridique et craint que l'AKP, en renforçant son pouvoir, mette à mal le principe de laïcité: les tribunaux sont en effet les garants traditionnels du régime laïc fondé par Mustafa Kemal Atatürk en 1923 après l'effondrement de l'empire ottoman dans la foulée de la Première guerre mondiale, et un des piliers du système actuel.

Si le "oui" l'emporte, le nombre de juges à la Cour constitutionnelle passerait de 11 à 17. Le Conseil supérieur des juges et procureurs (HSYK, qui supervise la magistrature turque) passerait quant à lui à 22 membres, contre sept aujourd'hui. Quatre d'entre eux seraient nommés par le président. Pour le prix Nobel de littérature Orhan Pamuk, ce référendum est une manière de tourner la page du coup d'Etat, et il a donc fait savoir qu'il se prononcerait pour le "oui".

D'autres voient dans le "non" le moyen de frapper un grand coup contre le gouvernement actuel, dont ils craignent qu'il imprime, lentement mais sûrement, la marque de l'islam sur un régime qui s'est voulu pendant des décennies farouchement laïque. Kemal Kilicdaroglu, le nouveau chef du principal parti laïque du pays, le Parti populaire républicain, estime que les amendements proposés ne vont pas assez loin dans l'effacement de "l'héritage du coup d'Etat du 12 septembre". Il réclame une nouvelle Constitution au lieu d'un toilettage, ainsi qu'une reformulation des textes militaires invoqués par les auteurs du putsch pour justifier leur prise du pouvoir.

Evren, qui par la suite devint président, prononça la dissolution du parlement, suspendit la Constitution, fit emprisonner des dirigeants de la société civile et interdire les partis politiques, avant de rendre le pouvoir aux civils trois ans plus tard. Quelque 650.000 personnes furent interpellées dans les jours suivant le 12 septembre 1980, et 230.000 traduites devant les tribunaux militaires, selon les chiffres officiels. Quelque 300 personnes moururent en prison, dont 171 sous la torture. Le régime militaire procéda à 49 exécutions, dont celle d'Erdal Eren, 17 ans, dont l'exécution par pendaison après avoir été accusé d'avoir tué un soldat horrifia la population.

Aujourd'hui, une exposition intitulée "Le musée de la Honte" est organisée par les victimes de gauche de la répression, dans laquelle on peut voir les lettres et photographies de ceux qui furent tués, disparurent ou furent torturés à l'époque. "Nous voulons que la tyrannie des auteurs du coup d'Etat reste dans les mémoires. Nous ne devons pas oublier et faire en sorte que ça ne soit jamais oublié", juge l'organisateur de l'événement Yilmaz Cerek, 53 ans. Enseignant, il fut arrêté pendant le coup d'Etat dans le nord du pays pour appartenance à un mouvement de gauche, et torturé pendant ses trois années et demi derrière les barreaux.

Son groupe, 78'liler (Génération 1978), fait campagne depuis longtemps pour que soit jugés les militaires auteurs du putsch et les responsables de tortures. Si certains membres du groupe voteront "oui", la plupart, comme Cerek, dénoncent des changements cosmétiques.

Autres Informations

À ne pas manquer

SUPERBOWL

Madonna superstar du Superbowl : découvrez sa prestation épatante.

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Facebook

Haut de page