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Euro-manifestations
Les travailleurs ont assez payé
Sabine Verhest
Mis en ligne le 30/09/2010
Deux actions "surprises" sont prévues en tête de cortège, soyez présents avec vos caméras pour saisir ce moment !!!" Lettres rouges soulignées et points d’exclamation en bonne place au cœur d’un e-mail : les syndicats n’avaient pas lésiné pour attirer cameramen, photographes et journalistes mercredi, au départ de leur cortège bigarré. Ils étaient de toute façon nombreux, les médias. Parce qu’une telle manifestation, foi de policier bruxellois, on n’en avait plus vu depuis quelques années dans la capitale belge et européenne.
Costume noir et cravate sombre, le parapluie au bras et le "Financial Times" dépassant du sac d’ordinateur, des hommes masqués marchent en silence, l’air de venir tout droit de la City de Londres ou du rond-point Schuman. La "fédération des riches de Belgique" et l’"Union des spéculateurs" sont de sortie et le brandissent bien haut : "laissez-nous frauder", "la spéculation stimule l’économie". Une des "surprises" des syndicats probablement, que nul ne pouvait rater - pas même pour une mitraillette (on veut dire le sandwich) à la gare du Midi.
Armés de drapeaux, ballons, calicots, sifflets et pétards - rien ne ressemble plus à une manifestation qu’une manifestation finalement -, des dizaines de milliers de travailleurs et syndicalistes européens ont convergé vers le centre de Bruxelles, mercredi, pour crier "non à l’austérité, oui à la croissance et à l’emploi". Les Grecs, particulièrement frappés par la crise, sont dans les starting-blocks sous le pont du chemin de fer, pas loin devant une délégation de policiers roumains venus dire "stop à l’austérité et à l’insécurité publique". "Le gouvernement coupe nos salaires, réduit le personnel alors que nous en manquons déjà, et refuse de discuter", explicite Dan dans un mélange franco-anglais mâtiné d’allemand. Un peu plus haut sur le boulevard, monsieur et madame, des gens visiblement prévoyants - ils n’avaient pas oublié leur pique-nique -, déploient un drapeau de la DGB, la Confédération allemande des syndicats. "Nous sommes venus pour sauver nos emplois et ceux de nos enfants. Et c’est à Bruxelles que cela se décide." Membre de Solidarnösc, dans le secteur des mines gravement touché par les restructurations, Kazimierz Grajcarek va plus loin encore pour justifier son déplacement de Pologne : "Les problèmes en Europe sont créés par les politiques européennes, les gouvernements nationaux ne peuvent plus décider seuls."
L’ennemi déclaré de la petite (voire toute petite) centaine de milliers de manifestants reste plus que jamais, pour reprendre l’expression d’un Français, "l’austérité imposée par Bruxelles" - entendez l’Union européenne. "Nous craignons qu’avec cette politique d’austérité, on organise la crise no 2", explique le président de la CSC Luc Cortebeeck. "L’austérité est socialement injuste, parce qu’elle frappe les plus faibles d’entre nous, et économiquement imbécile, parce qu’elle casse les espoirs de reprise", tance son secrétaire général Claude Rolin. Les mesures de rigueur, adoptées dans de nombreux pays européens, attisent la grogne sociale un peu partout. Car, "au nom des efforts pour sortir de la crise, on sacrifie la dimension sociale; leur approche vise à faire du social la principale variable d’ajustement et nous le refusons", explique le secrétaire général de la CGT, le Français Bernard Thibault.
"A un moment donné, les marchés ont fait tout et n’importe quoi", assène sa collègue de la FGTB, Anne Demelenne, et aujourd’hui "les banques ont une capacité contributive". "On veut que le secteur financier paie sa part", clame John Monks au nom de la Confédération européenne des syndicats. Et un bon moyen serait de lever enfin une taxe sur les transactions financières.
Sur l’esplanade du Cinquantenaire, les leaders syndicaux rayonnent. "Cette journée est un grand succès pour les travailleurs européens et un signal clair pour les dirigeants européens : vous ne pouvez plus seulement écouter les marchés, vous ne pouvez plus ne pas écouter la colère et l’inquiétude des salariés", estime John Monks.
Mais, de l’autre côté du parc, dans son antre du Berlaymont, le président de la Commission fait une analyse un poil différente de la situation. "Les comptes publics déséquilibrés et les dettes excessives sont antisociaux", déclare José Manuel Barroso. "C’est à cause des dettes que certains pays doivent prendre des mesures très dures sur le plan social" et "nous considérons que nos mesures sont les meilleures pour la défense des travailleurs". Mais merci d’être venus.
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