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Congo

Rackettés et privés de routes

MFC

Mis en ligne le 25/10/2010

Sans accès aux marchés, les paysans congolais n’ont pas intérêt à cultiver plus.

Le professeur Philippe Lebailly, de la Faculté agronomique de Gembloux - dont l’intervention a été très applaudie -, a souligné que "le principal problème des paysans est l’accès aux marchés".

En effet, "il y a peu de transactions sur les marchés locaux, parce que les ruraux mangent ce qu’ils produisent. Quant au marché national, les paysans n’y ont pas accès en raison de la concurrence des importations de sous-produits, souvent subventionnés". Et de mettre en cause la politique économique congolaise qui a "toujours privilégié les mines et des importations alimentaires bon marché", ainsi que "la volonté d’enrichissement personnel" des décideurs, dont certains font fortune avec ces importations.

La production nationale est d’autant plus affectée que "le niveau technique" des paysans congolais est "peu avancé", qu’il n’y a "pas de politique de crédit agricole" permettant aux paysans d’améliorer leur production, qu’il y a "un réel désengagement de l’Etat dans l’éducation et la santé en milieu rural", que les paysans sont désarmés devant les attaques parasitaires et, surtout, que "la commercialisation rencontre d’immenses difficultés".

Elles sont essentiellement deux : l’absence de routes praticables, alors que le transport fluvial est "insuffisant". Et surtout une "fiscalité formelle et informelle" (pour cette dernière, comprendre : le racket par les agents de l’Etat) bien trop pesante; ces agents profitent, en effet, "d’une superposition de textes légaux contradictoires" pour extorquer toutes sortes de "taxes" aux paysans, le peu d’activité productive que représentent ces derniers étant "bien souvent la seule source de revenu des autorités locales".

Que faire ?

"Il faut d’abord un projet et une volonté politiques", répond M. Lebailly à "La Libre Belgique". "Clairement, il faut interdire, par des taxes, par ex., l’importation de certains produits qui désarticulent les marchés agricoles. Il faut absolument avoir ce courage. Même chose pour l’aide alimentaire : elle doit être mieux ciblée pour ne pas faire concurrence aux paysans qui, autrement, sont pénalisés deux fois : par l’insécurité qui entraîne l’aide alimentaire et par la concurrence à leur production", insiste le professeur.

"Ensuite, il faut accompagner une relance de l’agriculture. Investir dans des infrastructures, comme des routes. Celles-ci ne révélant leur rentabilité qu’en 10 à 15 ans, il ne faut pas, dans l’intervalle, en reprenant les importations, couper les jambes à cet effort; il faut donc une stabilité dans cette politique, donner du temps au temps ", ajoute M. Lebailly.

"Enfin, il faut investir dans les ressources humaines du Congo : organiser les paysans, les structurer et les former - car leur ignorance a été plus cultivée que leur ouverture d’esprit."

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