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Les médicaments à la loupe
Véronique Leblanc
Mis en ligne le 24/11/2010
Laisser les firmes pharmaceutiques informer largement sur les médicaments qu’elles fabriquent, est-ce un progrès ou un risque ? L’essentiel est que cela soit strictement encadré, a indiqué le Parlement européen en amendant largement une proposition législative de la Commission européenne sur la question.
Débattu lundi soir à Strasbourg, ce texte sera voté jeudi mais certains eurodéputés s’insurgent sur le principe même de la démarche et appelle au rejet pur et simple de la proposition. "Draguer n’est pas informer", déclare notamment le socialiste belge Marc Tarabella pour qui s’engager dans cette voie reviendrait à ouvrir la boîte de Pandore.
Certes, le texte revu par la commission environnement du Parlement établit une distinction entre publicité et information dans les données qui seront diffusées et réclame la création par les Etats membres de sites Internet objectifs et impartiaux pour les diffuser. Mais comment être sûr d’échapper au "marketing" se demande l’eurodéputé qui trouve que les risques de "dérapage" sont supérieurs aux bénéfices possibles d’une législation qui alignerait peu ou prou les médicaments prescrits sur ordonnance avec ceux qui sont en vente libre.
"La frontière entre publicité et information est parfois floue", dit-il, en évoquant "l’exagération des dangers d’une maladie lors de campagnes dites "d’information"", la communication sur les prix proche d’une argumentation commerciale ou bien encore des arguments émotionnels toujours délicats à manipuler.
De son côté, le Bureau européen des Unions de Consommateurs (BEUC) ne rejette pas le texte dans son ensemble mais s’oppose à un amendement précis, le 88 qui selon lui réduirait à néant le travail mené par la commission environnement du Parlement afin d’"inverser" l’approche de la Commission européenne en substituant au droit de l’industrie à communiquer celui des consommateurs à recevoir de l’information. Cet amendement prévoit d’exclure des exigences de la directive les documents fournis aux patients par les médecins, infirmiers ou pharmaciens, "ce qui implique concrètement, déclare le BEUC dans un communiqué de presse, que l’industrie pharmaceutique puisse dans ce cadre publier toute sorte d’information sans aucune forme de contrôle."
Pour Monique Goyens, directrice générale du BEUC, les médicaments ne sont pas des produits comme les autres. "Ils sauvent des vies mais peuvent aussi se révéler dangereux", déclare-t-elle en évoquant le scandale récent du Mediator en France et en soulignant que "l’industrie pharmaceutique ne doit pas pouvoir se servir du cabinet des médecins ou des pharmacies pour promouvoir ses produits". Selon elle le risque serait alors d’affecter les relations soignant-patient avec, en filigrane, la concrétisation du "pire scénario possible" c’est-à-dire la diffusion d’une information promotionnelle par "les personnes en qui nous avons le plus confiance".
"Une ligne rouge" également pour Marc Tarabella qui refuse d’envisager "des flyers distribués dans les cabinets médicaux ou les officines".
Hormis cet amendement 88, le texte qui sera soumis au vote jeudi encadre de manière significative l’information sur les médicaments prescrits sur ordonnance, refusant notamment que celle-ci soit diffusée sans être sollicitée. La Commission européenne l’excluait de la radio et de la télévision, la commission environnement préconise de la soustraire également des journaux et des magazines. Elle demande par ailleurs que les sociétés pharmaceutiques "soient tenues" de mettre à disposition le contenu et les résumés les plus récents des caractéristiques du produit, de son étiquetage, de sa notice, de son rapport d’évaluation ainsi que d’autres informations bien définies portant par exemple sur l’impact environnemental du médicament, sur ses prix, sur les changements de son emballage - autant de notions dont Marc Tarabella souligne la proximité avec des arguments commerciaux "classiques" - ou bien encore des instructions d’utilisation. Le tout sous réserve d’autorisation préalable d’autorités compétentes et sous l’égide des Etats membres que les eurodéputés veulent voir garants "d’informations objectives et non faussées" diffusées sur leurs territoires nationaux auprès du grand public. Des informations qui devraient être disponibles sur des sites Internet spécialisés et sous forme imprimée mais aussi dans un format accessible aux personnes handicapées.
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