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"Annus horribilis" à la SNCF
Bernard Delattre
Mis en ligne le 05/01/2011
Ces quarante-huit dernières heures viennent encore de le montrer; spectaculairement, qui plus est. Guillaume Pepy, qui préside le groupe SNCF depuis 2008, entrera dans la petite histoire des chemins de fer français comme son grand patron qui a dû le plus souvent présenter ses excuses pour les dysfonctionnements de ce service public.
En effet, un nombre de défaillances qui commence à devenir impressionnant a déjà contraint le n° 1 des chemins de fer à multiplier les autoflagellations. A propos, par exemple, de l’énorme pagaille entraînée à Paris-Saint-Lazare par une grève sauvage. A propos de l’état notoirement calamiteux des transports ferroviaires en région parisienne : la Cour des Comptes vient encore d’en faire le constat sévère. Ou à l’occasion de fiascos mémorables - ainsi, ce TGV qui, l’an dernier, oublia de marquer l’arrêt à une gare. Ces deux derniers jours, le sommet semble avoir été atteint.
Lundi, premières excuses de la SNCF. Pour une "erreur d’aiguillage rarissime" ayant frappé un TGV en provenance de Lyon : les passagers de la rame pour la Bretagne ont été envoyés dans les Pays de Loire et inversement. Mardi, secondes excuses de la SNCF. Concernant cette fois le calvaire que, le soir de Noël, subirent les 600 passagers du train de nuit qui était supposé les amener d’Alsace vers la Méditerranée : 13 heures de retard, d’où 36 heures de voyage au total. Train qui, dès le départ, avait été retardé, maintenance défaillante du matériel, conducteur chargé de la relève à mi-chemin qui était absent à cause d’un "raté de programmation", panne de locomotive : la SNCF n’a pu que présenter ses excuses à ses "pauvres passagers" victimes d’une "situation très exceptionnelle".
Mais son discours relevait assez du "responsable mais pas coupable". La compagnie, en effet, a botté en touche, invoquant la conjonction d’un trafic "à flux tendu", dû aux vacances scolaires, et de conditions météorologiques handicapantes. Elle a aussi cru bon de se décharger d’une partie de ses responsabilités en accablant des arrêts de travail de personnels locaux.
Du coup, fureur des cheminots. Les syndicats jugent que "quand une entreprise publique comme la SNCF se détourne du service public pour faire du business, il est prévisible que les voyageurs et les cheminots en subissent les conséquences". Pour le PS, à l’unisson, ces fiascos découlent du "désengagement de l’Etat, que traduisent les manques de personnels et de moyens", et de "l’abandon des missions de services publics au profit de certaines filières rentables".
"Economies coupables" dans les effectifs et l’entretien des voies comme du matériel , organisation du groupe "en branches indépendantes refusant toute mutualisation des moyens humains et matériels", structure globale "éclatée et cloisonnée", conséquence de la "suppression de plus de 25000 emplois de cheminots en neuf ans" : la direction de la SNCF en a pris pour son grade.
Plus inhabituel : des critiques ont été entendues aussi dans la majorité. Ce qui pourrait indiquer que n’y est plus d’office très populaire le grand patron issu de la gauche mais apprécié à droite qu’est Guillaume Pepy. D’autant que, depuis longtemps, des associations d’usagers interrogent : "M. Pepy est-il bien l’homme de la situation ?"
"On va regarder s’il y a lieu de sévir", a ainsi prévenu la ministre des Transports, blâmant "la connerie" d’une SNCF qui, en plus, sur une des failles relatives au fameux train de nuit, a varié dans ses explications auprès d’elle. "Ces erreurs ne sont pas acceptables pour l’Etat actionnaire", s’est irrité le député UMP chargé des transports : "Il y a des problèmes de rigueur dans l’organisation. Le patron de la SNCF a des questions à se poser". "Aucune faute n’est à attribuer à Guillaume Pepy", a nuancé le parti sarkozyste, qui a néanmoins exigé "un audit extérieur" sur le sujet.
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