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Merkel prend les commandes
Olivier le Bussy
Mis en ligne le 04/02/2011
Al’origine, le sommet européen convoqué pour ce 4 février à Bruxelles par le président du Conseil européen Herman Van Rompuy devait être essentiellement consacré à la définition de la future stratégie énergétique de l’Union et à l’innovation (lire ci-contre). Mais depuis un peu plus d’un an qu’il est entré en fonction, le Belge commence à avoir l’habitude de voir chambouler l’agenda qu’il avait établi.
Il sera, une fois encore, beaucoup question de la stabilisation de la zone euro. D’abord, parce que, comme prévu, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept doivent tracer les grandes lignes de la réforme de la Facilité européenne de stabilité financière (FESF), et dessiner les contours du Mécanisme européen de stabilité qui doit lui succéder en 2013 - bétonnant au passage l’assise juridique de ce dernier par une modification du traité de Lisbonne.
Faut-il élargir les missions du FESF, uniquement destiné, pour l’heure, à secourir un Etat membre de la zone euro en proie à d’insurmontables difficultés financières, comme l’Irlande, fin 2010 ?
Doit-on lui permettre d’acheter des obligations de pays en difficulté, ainsi que l’ont successivement suggéré la Banque centrale européenne, la France et l’Espagne ? D’ouvrir des lignes de crédit pour les Etats qui affrontent momentanément des problèmes de liquidité, sur le modèle de ce que fait le Fonds monétaire international ? Réduire le taux d’intérêt des prêts garantis par le FESF, actuellement assortis d’une pénalité de 300 points de base, jugée contre-productive par certains économistes - et par l’opposition irlandaise qui entend renégocier les conditions du plan de sauvetage une fois aux commandes à Dublin ?
Sur ces différents points, "tout est encore très confus", confiait jeudi un diplomate européen.
Ce qui est clair en revanche, c’est que si l’Allemagne est disposée à mettre la main à la poche pour renforcer la capacité de prêt du fonds, actuellement limitée à 250 des 440 milliards d’euros dont il est doté, elle n’est guère encline à changer l’ordre de mission du FESF.
Et si la chancelière allemande Angela Merkel accepte de contribuer substantiellement au renforcement des moyens financiers du fonds, elle attend en contrepartie, qu’à l’avenir, tous les Etats de la zone euro jouent en fonction des règles fixées par l’Allemagne.
Mme Merkel et Nicolas Sarkozy viendront donc à Bruxelles avec l’intention de convaincre leurs partenaires d’effectuer "un grand pas en avant" dans le domaine de la gouvernance économique. En visite à Madrid, jeudi, où elle a rencontré le Premier ministre espagnol José Luis Zapatero, la chancelière a plaidé avec vigueur pour l’instauration d’un pacte de compétitivité, qui compléterait le pacte de stabilité renforcé.
C’est-à-dire ? Du côté de la présidence du Conseil européen, on disait mercredi, avec ce qui ressemblait à une pointe d’agacement, "s’attendre à ce que les deux capitales (Berlin et Paris, NdlR), qui ont travaillé sur ce sujet fassent part de leur réflexion".
Si l’on en croit plusieurs articles parus dans la presse européenne, Angela Merkel déposera au déjeuner plusieurs propositions (revendications ?) sur la table.
1) L’inscription dans les constitutions nationales d’un point limitant le déficit public et le niveau de la dette.
2) L’abolition de l’indexation automatique des salaires sur l’inflation, telle qu’elle se pratique en Belgique. On peut douter que cette suggestion soit accueillie par tous avec un fol enthousiasme.
3) Un cadre européen liant le départ de l’âge de la retraite à la situation démographique.
4) Une harmonisation du taux d’impôt sur les bénéfices des sociétés - le plus sûr moyen de cabrer l’Irlande qui, bien qu’ayant pris des mesures d’austérité drastique, a préservé son taux d’imposition de 12,5 % pour conserver sur son sol les multinationales étrangères.
Que le couple franco-allemand prenne ses responsabilités est une bonne nouvelle pour l’Union, mais il faut s’attendre à ce que certains rappellent à Angela Merkel et Nicolas Sarkozy que le moteur européen comporte vingt-sept pièces.
Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, par exemple, qui n’a pas manqué de souligner que certaines propositions franco-allemandes faisaient écho au "rapport annuel pour la croissance" présenté le mois dernier par l’exécutif européen.
Le Portugais n’apprécie guère que les prérogatives de l’exécutif européen soient remises en cause par des velléités d’intergouvernementalisme accru. Nicolas Sarkozy a ainsi exprimé le souhait que soient organisés annuellement des sommets des chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro pour examiner l’approfondissement de la coordination. Une manière de règler ses comptes entre soi, sans que la Commission n’y mette son nez, souffle une source européenne.
"Nous devons être clairs", a déclaré M. Barroso devant le Parlement européen, mercredi à Bruxelles, dans un plaidoyer pour la méthode communautaire. "La Commission est favorable à l’approfondissement et à l’accélération de la gouvernance économique et de la coordination des politiques" dans la zone euro. "Mais nous restons fermement convaincus que le traité fournit la structure et les instruments appropriés pour y parvenir. En fait nous ne servirions pas notre cause si des structures parallèles fonctionnaient de manière incohérente". Et toc.
Ce ne sont pas les sujets sensibles et les points de friction potentiels qui manquent. L’Union cependant devra prendre garde d’afficher ses divisions de manière trop patente, au moment où les marchés relâchent leur étreinte.
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