La Libre.be > Actu > International > Article
Un procès n’aurait pas lieu avant 2012
Stéphanie Fontenoy
Mis en ligne le 16/05/2011
Il est environ 4h40 samedi après-midi à l’aéroport JFK à New York. Le vol 23 d’Air France s’apprête à décoller mais il est retenu sur le tarmac. Deux détectives de la police new-yorkaise montent à bord, se dirigent vers la première classe et y interpellent Dominique Strauss-Khan. Un appel au 911, le service d’urgence de la police, avait déclenché l’opération. Quelques heures plus tôt, une femme de ménage de l’hôtel Sofitel fait une déposition accablante contre l’ex-ministre des finances français. Cette femme, âgée de 32 ans, raconte être rentrée dans la suite 2806, située au 28e étage, pensant qu’elle était inoccupée. Selon son témoignage, le patron du FMI serait alors sorti nu de la salle de bain et aurait tenté de l’agresser sexuellement, d’abord dans la chambre dont il avait fermé la porte puis dans la salle de bain où il l’aurait traînée de force. La jeune femme serait parvenue à s’échapper puis aurait prévenu des collègues qui ont appelé les secours. Entre-temps, M. Strauss-Khan avait quitté l’hôtel "précipitamment", selon la presse, laissant derrière lui un téléphone portable et des "preuves légales" selon les enquêteurs, et rejoint l’aéroport.
Selon le porte-parole de la police new-yorkaise, Dominique Strauss-Khan n’a opposé aucune résistance et a suivi les agents de l’ordre. Il a passé la nuit de samedi à dimanche en garde-à-vue et devait être transféré dans la journée de dimanche au tribunal de Manhattan. Il a été inculpé d’agression sexuelle, de tentative de viol et de séquestration. Le fonctionnaire international ne dispose pas d’une immunité diplomatique. L’accusé n’a en tout cas pas utilisé cette carte pour rester dans l’avion et quitter directement les Etats-Unis ou se soustraire aux questions des enquêteurs. Pour Pierre Cournot, avocat français aux Etats-Unis, "il n’y a pas d’immunité pour ce genre de dossier pénal".
Les trois chefs d’accusation retenus contre Dominique Strauss-Khan sont très sérieux, selon Matthew Galluzzo, un avocat américain. Selon la procédure new-yorkaise, l’accusé peut demander sa libération sous caution sous 24 heures après son arrestation. Pour un ressortissant étranger, la caution est plus élevée que pour un citoyen américain, car le risque est grand que l’accusé quitte le pays et ne se présente pas à son procès. Celle-ci pourrait s’élever à plusieurs centaines de milliers de dollars, voire être chiffrée en millions. Le passeport de l’homme politique français pourrait aussi être saisi par la justice américaine pour l’empêcher de quitter le territoire. "On ne sait pas s’il va rester ici ou retourner en France, poursuit Matthew Galluzo. L’accusation est sévère, il va peut-être essayer de rentrer en France, mais la justice américaine a intérêt qu’il reste ici." Le réquisitoire devrait débuter cette semaine. Le procureur de New York devra présenter à huis clos les preuves au "grand jury" composé de 23 jurés, qui doit alors décider s’il y a assez d’indice pour l’accuser formellement. Des mois pourraient s’écouler avant que le jugement débute. "Tout prend beaucoup de temps ici. Il faut que son avocat prépare son argumentation, il y a un facteur émotionnel dans l’affaire, il y aura des arguments des deux côtés. Il pourrait se passer un an avant que le procès commence", précise Paul Huck, avocat américain. Le favori des sondages pour la présidentielle de 2012 est représenté par deux avocats américains, Benjamin Brafman et William Taylor. Le premier est considéré comme l’un des meilleurs de New York pour les affaires criminelles. Des trois chefs d’accusation, la tentative de viol est la plus sérieuse. La peine est au minium de trois ans et demi de prison et au maximum de quinze ans. La plaignante pourrait également porter plainte au civil et toucher des dommages et intérêts si l’accusé était jugé coupable.
Savoir Plus
Merkel voit de bonnes raisons pour que l'Europe conserve le FMI
La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré lundi voir "de bonnes raisons" pour que l'Europe garde la direction du FMI, tout en appelant à respecter la présomption d'innocence à l'égard de son patron français Dominique Strauss-Kahn, arrêté pour agression sexuelle."Nous savons qu'à moyen terme, les pays émergents peuvent prétendre aux postes de la direction du FMI et de la Banque mondiale (...) Mais, dans cette phase, il y a de bonnes raisons pour dire que l'Europe a de bons candidats", a-t-elle dit, tout en ajoutant que "la question ne se pose pas encore".
Concernant M. Strauss-Kahn, actuellement directeur général du Fonds, Mme Merkel a déclaré: "Il est important de ne pas prononcer des accusations. La procédure est en cours. (...) Attendons la fin de l'enquête".
Sur le même sujet:
- La juge refuse la libération sous caution de Dominique Strauss-Kahn
- La thèse d'un "complot" se répand sur le net et parmi des politiques
- Brillant, ambitieux, séducteur...
- L'affaire DSK dans la presse française et européenne
- Les réactions du monde politique français
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...