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L’institution du bac ébranlée
Bernard Delattre
Mis en ligne le 23/06/2011
Laborieuse fin d’année, décidément, pour le système scolaire français. Qui, mercredi, a été victime du troisième scandale consécutif entachant la réputation d’examens parmi les plus prestigieux.
Ce fut d’abord, en mai, la révélation qu’au concours 2011 de l’agrégation d’histoire, le manuscrit sur lequel durent plancher les étudiants, censé être un original du XVe siècle, n’était qu’un pastiche écrit au XXe. Ce fut ensuite, début juin, l’annulation de l’examen national passé par plus de 7 000 étudiants en sixième année de médecine : à cause d’erreurs d’énoncé. Et ce fut, lundi soir, la diffusion sur le forum d’un site web de la photographie d’un document sur lequel figurait l’énoncé d’un des exercices de l’épreuve de maths du baccalauréat scientifique millésime 2011. Epreuve sur laquelle, le lendemain matin, planchèrent 165 000 des 655 000 candidats bacheliers de cette année.
C’est "une affaire extrêmement grave !", s’est ému ministre de l’Education, Luc Chatel, mercredi. A sa sortie du Conseil des ministres, lors duquel la tricherie a été évoquée : le ministre de la Justice y a été prié de faire en sorte que le parquet de Paris élucide au plus vite ce dossier. Car l’Education a porté plainte. L’individu ayant mis l’énoncé en ligne risque trois ans de prison et 9 000 euros d’amende. Ses éventuels complices dans l’administration sont passibles de sanctions. Et les internautes dont on parvient à prouver qu’ils ont consulté le document sur le forum puis présenté l’épreuve de maths le lendemain s’exposent à l’annulation de leur bac et à l’interdiction de le repasser pendant cinq ans.
"On dit que les sujets du bac sont les secrets les mieux gardés de la République, mais là, il y a eu une faille", a commenté, penaud, Luc Chatel. Qui, s’il a refusé d’annuler l’épreuve et donc de "pénaliser 165000 élèves", a ordonné que les copies de maths ne soient notées que sur les exercices pour lesquels le secret a bel et bien été gardé.
Mercredi, le ministre a soutenu que, malgré cette tricherie - et malgré des présomptions d’autres tricheries, sur les épreuves d’anglais, de physique et de chimie -, le bac demeurait essentiel. Car c’est "le premier grade de l’enseignement supérieur, qui couronne quinze années d’études et incarne les principes républicains de l’école". L’incident est toutefois gênant. Car le secret entourant théoriquement cet examen national (questions conservées jusqu’à la dernière minute au coffre-fort, etc.) était le seul aspect de cette institution qui n’était pas remis en cause. Pour le reste, plus de deux cents ans après sa création - par Napoléon, en 1808 - , le bac est devenu très controversé.
Pour sa lourdeur : "Un gigantisme que seule la Chine peut nous envier", ironisait récemment un cador du premier syndicat de chefs d’établissements. Cette année, 166 000 correcteurs sont mobilisés pour viser 4 millions de copies. Pour son coût, partant : 83 euros par tête de candidat. Le bac est aussi critiqué pour son caractère inégalitaire. Certains bacs (le bac scientifique, singulièrement) valent clairement plus que d’autres (les bacs littéraire ou professionnel), et les statistiques montrent que les candidats issus des milieux populaires ou de l’immigration obtiennent moins le bac que les autres.
Malgré cela, le bac, que décrochent quelque 85 % des candidats, serait bradé. C’est le reproche que lui adressent chaque année les milieux conservateurs, pour qui ce "chef-d’œuvre en péril" ne vaut "plus grand-chose", "Le Figaro" dixit. Un (très libéral) président de la Sorbonne publia même un livre intitulé "Stop à l’arnaque du bac" Bac qui est aussi décrié pour son incapacité à éviter les échecs massifs d’étudiants en première année d’université.
Mais cette institution bicentenaire n’a été que très peu réformée, en tout cas depuis 1985, année où fut créé le bac professionnel. Car, en dépit de ses défauts, ce pilier républicain reste populaire dans l’opinion et parmi le corps enseignant. Le Premier ministre François Fillon est bien placé pour le savoir. En 2005, il dut démissionner comme ministre de l’Education, après d’innombrables manifestations contre son projet d’introduire une dose de contrôle continu dans l’évaluation des élèves, à la fin de leur scolarité.
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