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Un "Gandhi" palestinien devant la justice militaire israélienne

Mis en ligne le 05/12/2011

Seul le cliquetis occasionnel des chaînes à ses pieds trahit la présence de l'accusé. Bassem Tamimi, âme de la mobilisation d'un village palestinien, écoute en silence les dépositions des témoins devant la justice militaire israélienne.

L'homme au visage émacié barré d'une moustache, profite des fréquentes interruptions pour échanger quelques mots avec sa femme, entourée dans l'assistance par de nombreux diplomates européens et des militants israéliens des droits de l'Homme, à l'intérieur du tribunal sis dans la prison militaire d'Ofer, près de Ramallah, en Cisjordanie.

Meneur revendiqué des "manifestations pacifiques" organisées depuis deux ans par les villageois de Nabi Saleh contre l'extension d'une colonie voisine, Tamimi plaide depuis l'ouverture de son procès en juin non coupable de toutes les charges, notamment d'incitation à des jets de pierres contre les soldats israéliens.

- "Vous avez dit pendant votre interrogatoire que Bassem Tamimi, surnommé Abou Waëd, était l'organisateur des manifestations illégales et violentes tous les vendredis", lance le procureur militaire au principal témoin à charge, Islam Dar Ayyoub, 14 ans, qui s'est rétracté.

- "J'étais fatigué et j'avais peur", répond l'adolescent, avachi sur un pupitre, la jambe agitée d'un tremblement nerveux. Les débats se déroulent en hébreu, avec une traduction en arabe assurée par un militaire israélien.

- "Vous avez bien dit que c'était Bassem et Naji qui donnaient tous les ordres et avaient appelé les gens à s'organiser en escouades?", poursuit le procureur, en référence à un autre militant, jugé dans un procès distinct.

- "Oui", reconnaît le jeune témoin.

- "Cela s'est-il passé ainsi dans la réalité?".

- "Non", dit Islam Dar al-Ayyoub, qui répond invariablement de la sorte à l'accusation. "Quand ils m'ont demandé qui organisait les manifestations, j'ai répondu que je ne savais pas, alors ils m'ont dit Bassem et Naji".

- "Vous avez prononcé le nom de Bassem plus de 30 fois, de votre plein gré. Pourquoi ne pas avoir dit la vérité?", insiste le procureur.

- "Ils m'ont promis que si je disais ce qu'ils voulaient, je pourrais rentrer chez moi", explique l'adolescent, arrêté en pleine nuit et interrogé sans son avocat ni ses parents.

- "Ils m'ont forcé à dire que c'était Bassem", assure le lendemain à la cour Moetassem Tamimi, 15 ans, arrêté quelques jours auparavant, qui dépose en uniforme de détenu.

Des organisations internationales et de défense des droits de l'Homme reprochent à Israël de traiter avec la même sévérité manifestations pacifiques et actions violentes.

Or, les tribunaux militaires israéliens condamnent quasiment systématiquement (à 99,76%) les accusés palestiniens, selon un rapport annuel militaire cité par le quotidien Haaretz.

"Les droits des défenseurs des droits de l'Homme israéliens et palestiniens protestant pacifiquement contre les colonies et la barrière de séparation sont strictement limités", déplorait l'Union européenne en juin lors d'une session du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU.

L'UE exprimait sa "préoccupation" que des "défenseurs des droits de l'Homme continuent à être détenus pour leurs protestations non violentes", citant le cas de Bassem Tamimi.

"On croit savoir à presque 100% qu'il n'a jamais pratiqué la violence, même lancer des pierres. C'est une des conditions pour que l'on puisse le déclarer défenseur des droits de l'Homme", a expliqué à l'AFP Joris Van Vinckel, officier aux affaires politiques de l'UE à Jérusalem, qui suit le procès.

En privé, les autorités israéliennes reconnaissent leur difficulté face à une mobilisation non violente. Amos Gilad, haut responsable du ministère de la Défense, était ainsi cité en 2010 dans un télégramme diplomatique américain diffusé par Wikileaks, avouant: "Nous ne savons pas très bien nous y prendre avec un +Gandhi+".

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