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Taizé à Berlin : un grand cru avant deux grands rendez-vous

Christian Laporte

Mis en ligne le 02/01/2012

Taizé à Berlin visait aussi à remobiliser les jeunes chrétiens pour l’Europe.

L’Osservatore Romano" avait déjà levé un coin du voile mais Frère Alois, le prieur de Taizé, l’a précisé selon la bonne tradition à la veille de la clôture de la rencontre de cette année, samedi à Berlin : en 2012, la communauté et les jeunes qui apprécient sa démarche spirituelle et son ouverture devraient se retrouver en grand nombre à Rome dans un an. Mais le successeur du légendaire Frère Roger a aussi annoncé un autre grand rendez-vous fixé, lui, en août 2015. Taizé la Bourguignonne accueillera en effet un grand "rassemblement pour une nouvelle solidarité" à l’occasion des 75 ans de la communauté de Taizé mais aussi du centenaire de la naissance de son fondateur, Roger Schutz.

Afin que le plus grand nombre possible de jeunes puissent y converger, ce rassemblement sera préparé par des rencontres sur chaque continent.

Retour à Berlin : 30 000 jeunes avaient mis le cap sur la capitale allemande depuis le 28 décembre pour une rencontre européenne encore plus symbolique que de coutume puisqu’elle a eu lieu dans la ville où, pendant 28 ans, un Mur avait séparé l’Europe démocratique de celle capturée par des régimes communistes.

Si la plus grande délégation présente fut celle du pays hôte (10 000), elle était composée cette fois d’Allemands de l’Est comme de l’Ouest. Ce qui ne fut pas le cas en 1986 lorsque Taizé était déjà venu à Berlin : seule une petite partie de la ville avait pu vivre l’événement pour cause de Mur. Tout logiquement, la deuxième plus grande délégation fut celle de Pologne avec 6 000 pèlerins. Suivirent l’Italie, l’Ukraine, la Croatie et la France alors que l’on y dénombra aussi quelques centaines de jeunes Belges.

Si la rencontre berlinoise connut un succès certain, c’est aussi parce que la ville est habituée de longue date aux valeurs d’œcuménisme et d’ouverture propres à Taizé. Berlin donna l’asile aux Huguenots qui avaient fui les persécutions sous Louis XIV ou encore aux Frères moraves venus de Bohême. L’évêque protestant de Berlin, Markus Dröge, cerna très bien l’enjeu : "vous allez montrer que l’Europe n’est pas seulement une communauté économique mais aussi une communauté de valeurs et de foi", avait-il lancé aux jeunes présents. Enfin, à l’heure où l’Europe vacille sur ses bases et s’interroge sur les fondements et les limites de la solidarité entre les Vingt-sept, le rassemblement de Berlin a été clairement une réponse chrétienne. Ce qu’a dit, avec ses mots, le président du Conseil Herman Van Rompuy : "Seul l’amour, synonyme de Jésus-Christ, peut transcender la justice sociale et lui donner ce supplément d’âme."

A la fin de la rencontre, le chanoine Herman Cosijns, secrétaire de la Conférence épiscopale belge, a aussi fait part de ce qui l’a marqué à Taizé-Berlin : "C’est le mot confiance. Un mot d’une profondeur qu’on ne saura jamais découvrir tout à fait. La confiance, c’est quoi ? Avant de venir à Berlin, j’ai vu Les Intouchables et ai été touché par le fait que l’assistant de la personne tétraplégique respectait au plus profond sa dignité humaine. La confiance débute là où il y a le respect humain de l’extérieur comme de l’intérieur de l’homme. Sans elle, il n’y a pas de vie, de communauté possible. Même si on a été déçu. Il est important de surmonter la déception, d’avancer, de ne pas se fermer sur soi-même. La seconde chose que je retiens est que la confiance en Dieu est mise en question. Nous en faisons l’expérience en Belgique et, pourtant, c’est la base de la découverte de ce Dieu qui se tait, qui nous dépasse, qui est invisible. Il faut accepter le regard aimant de Dieu même si je ne le mérite pas "

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