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Romney mord la poussière en Caroline du Sud
Philippe Paquet
Mis en ligne le 23/01/2012
Une lourde défaite aux primaires de la Caroline du Sud a marqué un brutal revers de fortune pour Mitt Romney, que les observateurs, il y a quelques jours encore, pouvaient croire assuré de remporter sans coup férir l’investiture du Parti républicain pour la présidentielle américaine de novembre. Après avoir été soudainement dépossédé de sa victoire dans l’Iowa, l’ancien gouverneur du Massachusetts a mordu la poussière, samedi, alors que les sondages lui avaient d’abord prédit un triomphe : il fut un temps crédité de vingt points d’avance au moins sur ses rivaux.
Mitt Romney n’a finalement remporté que 28 % des suffrages, contre un peu plus de 40 % à l’ancien "speaker" de la Chambre des Représentants, Newt Gingrich, qui fait un spectaculaire retour en force après avoir disparu de l’avant-scène. Les deux autres prétendants, l’ex-sénateur de Pennsylvanie Rick Santorum et le député du Texas Ron Paul, sont loin derrière avec 17 % et 13 % des voix respectivement. Avant le prochain rendez-vous, en Floride, les cartes sont donc rebattues, les trois premières consultations électorales ayant fait trois vainqueurs différents : Santorum dans l’Iowa, Romney au New Hampshire et maintenant Gingrich en Caroline du Sud.
Les raisons de la débâcle de Mitt Romney sont multiples. Mormon, il partait avec un handicap certain dans une Caroline du Sud où les chrétiens évangélistes forment deux tiers de l’électorat lors des primaires républicaines. L’image de machine à gagner et, par conséquent, de candidat naturel, qu’il s’était forgée au lendemain des scrutins de l’Iowa et du New Hampshire, image qui lui aurait permis de surmonter ce handicap, s’est brisée avec la remise en cause des résultats de l’Iowa.
Dans le même temps, Newt Gingrich a mené une campagne agressive pour réaffirmer un profil très conservateur susceptible de plaire dans les Etats du Sud (une région qu’il connaît on ne peut mieux puisqu’il a été pendant vingt ans député de la Géorgie), tout en peignant Mitt Romney sous les traits d’un dangereux "libéral" de la Nouvelle-Angleterre. Bon orateur, Gingrich a brillé dans les derniers débats télévisés, qui ont influencé de façon déterminante les indécis. Les scandales entourant sa vie privée (trois mariages et des infidélités) auraient pu lui jouer un vilain tour dans le "Bible Belt", mais il est parvenu à convaincre les électeurs que les révélations à ce sujet n’étaient qu’un complot de "la presse de gauche " pour déstabiliser les Républicains.
En revanche, les assauts de Gingrich pour stigmatiser le mauvais profil de Romney ont été payants. L’ancien gouverneur, qui passait déjà pour un homme peu charismatique, s’est vu reprocher une fortune personnelle estimée à plus de 250 millions de dollars. Fortune qui, selon les détracteurs du candidat, aurait été amassée de façon peu glorieuse - en restructurant des entreprises en difficulté, quitte à mettre des milliers d’Américains au chômage, voire à la rue.
En refusant initialement de publier ses déclarations d’impôts, contrairement à ce qu’avait fait Newt Gingrich, Mitt Romney a contribué à entériner l’idée que ces critiques n’étaient pas dénuées de fondement. On ne s’étonnera pas d’apprendre qu’il a annoncé dimanche vouloir désormais rendre publique sa feuille d’impôts dès cette semaine.
Enfin, le forfait de Rick Perry a lui aussi pesé dans la balance. En quittant la course à l’investiture jeudi dernier, le gouverneur du Texas n’avait pas formellement apporté son soutien à la candidature de Newt Gingrich, mais avait néanmoins appelé à voter pour lui en Caroline du Sud. Ce ralliement a peut-être rapporté de 5 à 10 % de voix supplémentaires à l’ancien "speaker".
Tout est donc à refaire pour Mitt Romney et il affronte la suite des opérations non plus en position de favori, mais dans la peau d’un candidat en perte de vitesse. Il va lui falloir recentrer sa campagne sur cet électorat chrétien conservateur qui ne lui est décidément toujours pas acquis, pas plus qu’en 2008 quand il avait une première fois tenté sa chance, et avait été battu par John McCain.
Heureusement pour Romney, la suite du calendrier lui semble plutôt favorable. La Floride, le 31 janvier, est un Etat plus modéré, où nombreux sont les retraités venus du Nord-Est qui sont susceptibles de le soutenir. Le 4 février, on votera au Nevada, qui compte une importante communauté de mormons, et dans le Maine, un Etat voisin du Massachusetts où Romney est évidemment bien connu. Après le Colorado et le Minnesota, le 7 février, ce seront, à la fin du mois, les primaires de l’Arizona et surtout du Michigan, dont le père de Mitt Romney fut le gouverneur et où le candidat est né en 1947.
Par conséquent, l’homme pourrait être solidement remis en selle pour l’échéance probablement décisive du "Super-Mardi", le 6 mars. Mais l’espoir d’être couronné bien avant cette date s’est probablement évanoui en Caroline du Sud.
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