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Les Belges sans réseau dans les institutions européennes
Christophe Lamfalussy
Mis en ligne le 26/01/2012
Ils n’ont pas d’agenda national et se voient très peu entre eux. Le week-end, ils ne rentrent pas au pays comme le font certains fonctionnaires européens. Ils habitent à côté. Parfois, les autorités belges ignorent même qu’ils travaillent dans les institutions européennes.
Ils ? Ce sont les milliers de Belges travaillant à Bruxelles, à l’Europe. Selon les chiffres de la Commission européenne, 4 509 Belges travaillent à l’exécutif bruxellois. C’est le contingent national le plus important (18,9 %) sur un total de 23 877 fonctionnaires et agents temporaires. Et parmi les Belges, il y a plus de femmes que d’hommes qui travaillent à la Commission, sans doute le reflet des positions administratives que trustent les Belges.
On pourrait croire que les Belges forment par leur nombre un réseau national très influent dans les institutions. C’est tout le contraire qui se produit, selon les témoignages recueillis par "La Libre Belgique" et de l’aveu de diplomates belges. Tous ont demandé l’anonymat pour pouvoir parler plus librement.
"Un jour, quelqu’un à la représentation permanente belge m’a demandé comment approcher Prodi", raconte ce fonctionnaire haut gradé à la Commission. "Il ignorait que la chef de cabinet adjointe de Prodi était belge (NdlR : Anne Houtman). Moi-même, en vingt ans de carrière, je n’ai jamais reçu un coup de téléphone d’un fonctionnaire belge."
D’autres pays font agir leurs réseaux nationaux bien plus habilement. Les Britanniques excellent dans l’art de truster les positions clés. Les Français également, surtout dans le nouveau service d’action extérieure de Catherine Ashton. Les Britanniques préparent également leurs candidats aux postes clés et organisent des réunions hebdomadaires à la représentation permanente de leur pays à Bruxelles.
"Les Britanniques font du networking. Les Tchèques déjeunent. Les Grecs se voient entre eux. Il n’y a pas de réseau belge", explique une fonctionnaire à la Commission. "Il y a de la convivialité entre Belges mais on ne cherche pas spécialement à se voir. Il y a une Grecque qui est arrivée chez nous. En deux mois, elle connaissait tous les Grecs de la Direction générale."
En soi, le fait que les Belges se fondent dans le paysage européen est le signe que ceux-ci adhèrent à l’idéal communautaire et ne défendent pas un intérêt national. Le profil parfait, estiment certains. "Nous avons une capacité à produire des compromis", résume un diplomate belge. "On a à la fois la réputation d’être très idéologues sur l’idée européenne mais en même temps, on est pragmatiques. On veut que la machine tourne."
Mais certains estiment que si d’autres pays se livrent à du lobbying au sein des institutions européennes, la Belgique, elle aussi, devrait en faire. "Nous vivons le règne des égoïsmes nationaux", constate, amer, un diplomate.
Une doctrine veut que la Belgique ne fasse pas trop pression sur les institutions européennes car elle tire un profit de la présence de celles-ci à Bruxelles. Demander plus, en quelque sorte, serait contre-productif. D’autres estiment que la question des nationalités est un peu dépassée quand des fonctionnaires vivent de longue date dans le pays, s’investissent dans la vie locale et deviennent plus belges que le nom du pays inscrit sur leur carte d’identité. "Bruxelles devient une ville internationale, de services, une sorte de Washington DC", constate un fonctionnaire de la Commission.
Cependant, tous regrettent que les liens avec les autorités belges ne soient pas plus forts. Beaucoup ont postulé à leur emploi sans passer par les Affaires étrangères belges ni bénéficier d’un coup de pouce des politiques. Du coup, il n’y a guère de trace d’eux. "Plutôt que d’avoir une communauté belge, on a des individus", relève un diplomate. "Le Belge se considère plus au service de l’Europe que de la Belgique. Quelque part, c’est très bien. Mais ce n’est pas comme cela qu’on fera entendre plus la voix de la Belgique" en Europe.
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