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Grand blues ou grand bluff, Sarkozy ?

Bernard Delattre

Mis en ligne le 26/01/2012

Il n’exclurait pas l’échec ? A moins que ce soit une stratégie cousue de fil blanc.

Des "annonces révolutionnaires" . Selon l’entourage de Nicolas Sarkozy, mercredi, c’est ce que va faire l’intéressé, dimanche soir à la télé. Le chef de l’Etat doit y annoncer les décisions qu’il a prises à l’issue du "Sommet sur la crise" , auquel il avait convié les partenaires sociaux, la semaine dernière. L’on saura donc, notamment, s’il a tranché en faveur ou non de la "TVA sociale".

Selon l’UMP, cette TVA, en transférant sur la fiscalité frappant la consommation une partie des charges patronales sur les salaires, renforcerait la compétitivité française. Et permettrait donc de lutter contre les délocalisations. Les syndicats crient à l’"arnaque" : ils parlent d’un cadeau fait aux employeurs, qui serait payé par le consommateur au détriment de son pouvoir d’achat. L’opposition dénonce une "TVA patronale" - dixit Marine Le Pen. Et, sur les bancs parlementaires de l’UMP, on s’inquiète. Cette TVA, d’après les sondages, est impopulaire. Et, aux législatives de 2007, un projet similaire avait coûté pas mal de sièges de députés à la droite. Une telle mesure donnerait-elle le coup de grâce électoral fatal à l’UMP et à son candidat présumé ?

Un candidat mal en point. Visiblement, à en croire toujours les sondages, il n’a pas (encore ?) payé, le costume qu’a endossé Nicolas Sarkozy, ces dernières semaines. L’uniforme du capitaine courageux qui, aux commandes d’un bateau national en pleine tempête économique mondiale, réforme jusqu’au bout le pays : pour son bien, et fût-ce au prix de réformes impopulaires et donc périlleuses, électoralement. Malgré cette posture, Nicolas Sarkozy est toujours distancé par le PS François Hollande.

Dimanche, s’il faut en juger aux "annonces révolutionnaires" qui lui sont prêtées, le chef de l’Etat n’en devrait pas moins poursuivre dans cette stratégie. Dimanche dernier, il lui a même ajouté une touche supplémentaire. Dans des confidences à la presse - censées confidentielles, mais qui ont évidemment fuité -, il a, pour la première fois, évoqué son possible échec aux présidentielles. Et a précisé que, le cas échéant, il quitterait la politique.

Principalement, cela confirme - si besoin en était - que l’intéressé sera bel et bien candidat. Médiatiquement, cela a suscité un "buzz" qui lui a permis de ne pas être éclipsé par le succès d’audience remporté par un meeting de François Hollande, dimanche.

Tactiquement, c’est "l’effet Calimero" , a analysé mardi soir, insolemment mais joliment, le sondeur Gaël Sliman (BVA). Par allusion au poussin du dessin animé, et à son leitmotiv bien connu : "C’est trop injuste." Car de tels états d’âme allégués ajoutent une touche affective au rapport de forces politique. Humanisent la figure du grand battu annoncé. Or, "les Français ont horreur des candidats arrogants, sûrs de leur victoire" , a rappelé le n°1 de BVA. Edouard Balladur l’a bien vu. En 1995, lui, l’archi-favori, a été battu par un Jacques Chirac qui, en janvier de cette année-là, semblait fini.

A l’UMP désormais, on tire à boulets rouges sur un François Hollande décrit comme "arrogant" . Et on distille les échos selon lesquels un candidat Sarkozy pourrait bien, au printemps, se livrer à un certain mea-culpa - encore une touche d’affectif.

"Coup de blues" ou "coup de bluff" , pour le futur candidat ? La question agitait le Tout-Paris, mercredi.

"Ce n’est pas lui mais les élus UMP, qui n’ont pas le moral , selon Roland Cayrol : ils craignent pour leur réélection, aux législatives qui suivront les présidentielles." Le politologue voit bien un Nicolas Sarkozy embusqué derrière ses états d’âme présumés, mais qui, en fait, s’est lancé un double pari. Un : "se faire élire, comme en 2007, sur le thème de la rupture. Non plus la rupture avec la droite de Chirac, mais la rupture par rapport à son propre premier mandat" . Deux : "renverser la coutume française selon laquelle un président est jugé sur les 100 premiers jours de son mandat. Lui, il mise sur ses 100 derniers jours" .

En attendant, ces savantes spéculations laissent de marbre le Français moyen. A en croire les sondages, 48 % de l’électorat est toujours indécis et/ou susceptible de changer d’avis.

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