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Syrie: vers un "soutien plein" du projet de la Ligue Arabe?
AFP
Mis en ligne le 03/02/2012
Des manifestations ont eu lieu jeudi en Syrie pour marquer le 30e anniversaire du massacre commis à Hama par le régime, au moment où un nouveau projet de résolution du Conseil de sécurité doit être soumis aux capitales de ses pays membres dans l'espoir d'un vote dans les prochains jours.
Convaincre la Russie
Au fil des versions de ce texte sur la Syrie, les Occidentaux ont fait des concessions à la Russie, qui bloque depuis des mois une résolution, jusqu'à abandonner toute référence explicite au départ du président Bachar al-Assad. Une des dernières versions du texte, mise sur la table jeudi matin, "soutient pleinement (...) la décision de la Ligue arabe du 22 janvier 2012 de faciliter une transition politique". Mais les détails de cette transition --notamment le transfert des pouvoirs du président Assad à son vice-président-- n'apparaissent plus, à la demande de Moscou.
Le processus de transition démocratique avait été proposé par la Ligue arabe en janvier dans son plan de sortie de crise pour la Syrie, où des milliers de personnes ont été tuées depuis mi-mars 2011, quand a éclaté une révolte sans précédent contre le régime.
La Russie insiste pour que le Conseil de sécurité ne préjuge pas de l'issue de la crise en demandant a priori que le président Assad cède le pouvoir.
Comme les textes précédents, le nouveau "condamne la violence d'où qu'elle émane". Il abandonne aussi toute référence aux sanctions économiques décidées par la Ligue arabe contre Damas en novembre 2011, ainsi qu'aux ventes d'armes à la Syrie, que Moscou souhaite poursuivre.
Malgré ces concessions, Moscou a continué jeudi de vouloir affaiblir le texte alors que les Occidentaux insistaient pour exprimer un soutien ferme à la Ligue arabe, selon des diplomates.
Finalement, les ambassadeurs ayant atteint la limite de leur marge de négociation, il a été décidé qu'un nouveau texte serait soumis à l'approbation des gouvernements. "Chacun demandera des instructions à sa capitale et nous espérons être en mesure de voter dès que possible", a expliqué l'ambassadeur britannique à l'ONU Mark Lyall Grant.
Sur le terrain, une situation de "guerre"
Sur le terrain, cinq civils ont été tués jeudi à Deraa (Sud) et Idleb (Nord-ouest), selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Les militants pro-démocratie avaient appelé à des manifestations jeudi et vendredi pour commémorer la terrible répression --entre 10.000 et 40.000 morts-- à Hama (centre) d'une révolte du mouvement interdit des Frères musulmans en 1982 contre le président d'alors, Hafez al-Assad.
Dans la capitale, les manifestants, en majorité adolescents, ont défilé jusqu'à la place de la Liberté où ils ont été attaqués par les services de sécurité, d'après une vidéo postée sur YouTube par un groupe de militants.
A Daraya, dans la province de Damas, des vidéos montraient également des manifestations d'étudiants, dont de nombreuses filles. Des manifestations ont également eu lieu à Homs (centre) et Qamichli (nord), selon des militants. Hama était pour sa part paralysée par une grève générale à l'appel de l'opposition pour commémorer le massacre, selon l'OSDH.
"Plusieurs rues de la ville ont été repeintes en rouge et sur les norias de Hama on a tagué +Hafez est mort et Hama n'a pas disparu+", précise l'OSDH. "Le silence arabe et international face aux crimes de Hafez al-Assad et sa clique il y a 30 ans est en grande partie responsable de la poursuite de ces crimes et des atrocités quotidiennes commises par Bachar au vu et au su" du monde entier, ont affirmé dans un communiqué commun plusieurs instances de l'opposition, dont le Conseil national syrien (CNS). Dans la province de Deraa (sud), berceau du soulèvement populaire, l'armée syrienne a pris d'assaut jeudi le village d'Al-Jiza, selon l'OSDH, qui a fait état de trois civils décédés dans cette province lors d'opérations de l'armée. A Idleb (nord-ouest), deux frères ont été tués par les forces de sécurité, selon l'OSDH.
Dans la province de Damas, l'organisation basée en Grande-Bretagne rapporte une "campagne d'arrestations et de perquisitions" dans plusieurs localités, dont Douma, tandis que les villages de Talfita et de Rankous continuaient d'être assiégés.
Le chef de la mission d'observation de la Ligue arabe en Syrie, le général soudanais Mohammed Ahmed Moustafa al-Dabi, a qualifié la situation de "guerre". Il s'est dit par ailleurs "totalement satisfait" du travail de la mission, débutée le 26 décembre et suspendue le 28 janvier en raison de l'intensification de la répression qui a fait plusieurs centaines de morts depuis fin décembre.
Alors que le président Assad semble de plus en plus isolé, la Turquie, qui a rompu les ponts avec son ancien allié, a affirmé qu'elle pourrait songer à offrir l'asile à sa famille.
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