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La Turquie, modèle pour le monde arabe ou réputation usurpée ?

AFP

Mis en ligne le 04/02/2012

Une "ouverture démocratique" visant à octroyer plus de droits aux Kurdes et à saper la raison d'être des rebelles du PKK.
La Turquie est un modèle pour le monde arabe, selon un récent sondage, mais des analystes et commentateurs contestent sa réputation d'avoir réussi à concilier islam et démocratie.

"Pour une grande partie de l'opinion arabe, le parti au pouvoir en Turquie (Parti de la justice et du développement, AKP) est une vraie +success story+, qui prouve que l'islam modéré peut diriger des sociétés arabes modernes", estime l'universitaire tunisien Amor Boubakri sur le forum Bitterlemons-international.org.

La Turquie est perçue comme un pays qui a "concilié deux dynamiques: l'essor économique et un système démocratique mis en place par un parti issu de l'islam politique", explique le politologue turc Sinan Ülgen.

Selon un sondage publié jeudi, près de quatre habitants du Proche Orient sur cinq ont une vision positive de la Turquie et trois sur cinq la considèrent comme un modèle.

Avec 78% d'appréciations positives, la Turquie se classe en tête des pays les plus appréciés au Proche Orient, selon cette enquête de la fondation turque TESEV, un organisme réputé.

Cette popularité est particulièrement forte en Libye, Tunisie et Egypte, où les mouvements de contestation, soutenus par Ankara, ont renversé les régimes en place, et en Palestine.

De même, 61% des personnes interrogées voient dans la Turquie un modèle, en baisse cependant par rapport à 2010 (66%), selon cette étude menée dans 16 pays. La Turquie a enregistré une croissance record de 9,6% sur les neuf premiers mois de 2011, et de 8,9% en 2010.

L'AKP, le parti issu de la mouvance islamiste et au pouvoir depuis 2002, a remporté en juin une victoire écrasante aux élections législatives (50 pc des voix), lors d'un scrutin à la régularité incontestée.

Mais les détracteurs du régime dénoncent les limites d'un système, en particulier concernant les revendications des 15 millions de Kurdes, sur une population de 73 millions.

Une "ouverture démocratique" visant à octroyer plus de droits aux Kurdes et à saper la raison d'être des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en 2009, a fait long feu. Les affrontements ont repris, entrecoupés d'arrestations en masse.

Surtout, les critiques du régime dénoncent une dérive autoritaire, une "Poutinisation" du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, et des atteintes répétées à la liberté d'expression.

"Le nombre de ceux qui remplissent les prisons du fait de leurs opinions et actions dans l'opposition ou qui sont sous le coup de procédures en justice est en augmentation. Ceux qui sont dans l'opposition perdent leur travail dans les médias. Les arrestations d'étudiants augmentent, et, à part quelques voix discrètes, l'académie se tait", écrit dans le journal Radikal l'universitaire Ahmet Insel, s'interrogeant sur les racines de cet "autoritarisme".

Au moins 70 journalistes et écrivains sont inculpés pour leurs écrits, selon la presse et les ONG.

Certains sont "en prison depuis quatre ans, ce qui montre que la détention provisoire constitue en elle-même une punition, et qu'ils n'auront probablement d'autre réparation, s'ils sont déclarés innocents, que d'aller devant la Cour européenne des droits de l'Homme", note l'éditorialiste Semih Idiz dans Milliyet.

"La Turquie opère un grand retour en arrière. Loin des réformes promises, la justice a lancé des rafles de journalistes d'une ampleur inédite depuis le régime militaire", affirme Reporters sans frontières.

"On est bien conscient à l'étranger de ces manquements à la démocratie, note Sinan Ülgen. Mais le régime d'Erdogan continue à nourrir les imaginations, car lorsqu'on le compare aux systèmes iranien ou saoudien, on préfère la Turquie."

Pour Amor Boubakri, le parti Ennahda, dominant à Tunis, s'inspire de l'AKP, mais la situation est différente, car le pays est menacé par l'islamisme radical.

"Nous n'avons pas en Tunisie les garanties contre de tels dangers (l'islamisme radical) qu'a la Turquie, où les militaires et le judiciaire jouent un rôle important contre toute éventuelle déviation", assure-t-il.

Or l'opposition turque dénonce précisément la mise sous contrôle du judiciaire par le régime, qui par ailleurs a réduit considérablement l'influence de l'armée sur la vie politique.

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