La Libre.be > Actu > International > Article
Quand un juge se brûle les doigts sur Twitter
AFP
Mis en ligne le 05/02/2012
Le Suisse Laurent Kasper-Ansermet s'est attiré les foudres de Phnom Penh en évoquant sur son compte Twitter deux dossiers controversés dont il aurait dû se charger.
Et c'est maintenant tout l'entourage de la cour parrainée par l'ONU qui s'interroge sur le devoir de réserve s'imposant à un magistrat sur les réseaux sociaux.
Le juge a été désigné par l'ONU pour remplacer un Allemand parti fin 2011, après avoir déclaré ingérables les pressions politiques qui pesaient sur la juridiction. Mais depuis, sa nomination est bloquée.
L'ONU estime que les "inquiétudes éthiques" soulevées par le gouvernement cambodgien sont "infondées". Phnom Penh argue pourtant que les tweets du Suisse violent les règles de la neutralité judiciaire et pourraient "provoquer une confusion ou des doutes" quant à son impartialité.
Une impasse d'autant plus polémique que le pouvoir ne veut pas entendre parler des deux dossiers sur lequel le magistrat doit enquêter.
Le 15 janvier, après avoir appris que le Cambodge rejetait sa candidature, le juge s'interrogeait sur Twitter: "Ma détermination reconnue d'instruire les dossiers 003 et 004 expliquerait-elle l'opposition de certains à ma nomination officielle ?".
Ce commentaire mis à part, "jamais je n'ai exprimé mon opinion personnelle ni révélé d'information confidentielle", s'est-il défendu dans un entretien avec l'AFP.
Et s'il s'abstient aujourd'hui de tout nouveau commentaire pour ne pas "jeter de l'huile sur le feu", il se considère tout juste légèrement en avance sur son temps. "Ce qui fait débat aujourd'hui ne sera plus une surprise demain". En attendant, le sujet est sur toutes les lèvres.
Les messages du compte @LKasperAnsermet, que l'on peut remonter jusqu'en mai, sont pour la plupart des liens vers des déclarations officielles de responsables de la cour sur les fameux dossiers, dits n°3 et 4, ainsi que vers des articles de presse sur le tribunal et la polémique autour de ces affaires.
"Donc il montre une variété d'opinions", relève Clair Duffy, de l'organisation Open Society Justice Initiative, qui observe le tribunal. "Mais la majorité de ces opinions sont critiques".
Michael Karnavas, avocat de l'ex-ministre des Affaires étrangères du régime khmer rouge Ieng Sary, qui n'est pas concerné par ces dossiers, considère pour sa part que les messages du magistrat sont "inappropriés" et constate qu'ils sont devenus "une turbulence majeure".
"Je crois qu'il devrait prendre une décision honorable et démissionner", insiste-t-il. "Ce qui importe, c'est l'intégrité du tribunal".
Une analyse partagée par Stephen Gillers, professeur de droit à l'Université de New York. Partager des articles avec ses quelque 150 abonnés "ne signifie pas que (le juge) sera effectivement partial", admet-il.
"Mais il apparaîtra comme tel, et comme on dit souvent, l'apparence de la justice est aussi importante que la justice elle-même".
Même ceux qui admettent que les tweets sont une excuse fallacieuse de la part de Phnom Penh, soucieuse de freiner l'avancée des dossiers 3 et 4, enragent du fait que le magistrat lui ait donné le bâton pour le battre.
"L'opinion générale est qu'il eut été préférable que le juge Kasper-Ansermet soit plus prudent dans son usage de Twitter", relève Clair Duffy.
De plus en plus d'hommes de loi sont tentés par les réseaux sociaux. Mais "compte tenu de leur responsabilités au sommet du système judiciaire, je pense qu'il est toujours mieux pour les juges de faire mesure de prudence dans leurs communications publiques".
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...