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Poutine et l’opposition dos à dos
Boris Toumanov
Mis en ligne le 06/02/2012
Selon ses organisateurs, la marche de l’opposition pour des élections honnêtes a rassemblé samedi au centre de Moscou quelque 120 000 personnes, soit autant que la manifestation précédente qui s’est tenue le 24 décembre dernier sur la perspective Sakharov. Ce chiffre est d’autant plus éloquent que cette fois les Moscovites sont sortis dans la rue par quelque 20 degrés au-dessous du zéro. Cela semble confirmer que le mouvement de contestation surgi au sein de la société russe prend de l’ampleur et devient irréversible.
Cependant, le pouvoir russe se remet visiblement du choc psychologique qu’il a subi face à la réaction aussi spontanée que puissante d’une importante partie des citoyens aux falsifications électorales. Samedi, il est passé à la contre-attaque en organisant un meeting monstre à la gloire de "la stabilité et du bienfaiteur de la Russie Vladimir Poutine" dans le but de neutraliser l’impact des critiques adressées au pouvoir et personnellement à M. Poutine.
La police moscovite prétend que ce dernier meeting a rassemblé 140 000 personnes et promet même d’imposer une amende à ses organisateurs sous prétexte que ce chiffre dépasse largement le nombre de manifestants initialement annoncé. Détail attendrissant : M. Poutine en bon citoyen respectant la loi, a immédiatement proposé de payer de sa poche une partie de cette amende.
Cette naïve comédie a été jouée spécialement pour souligner le caractère bénévole de l’élan des supporters de M. Poutine alors que de nombreux observateurs parlent de la forte pression administrative sur les salariés qui constituaient la masse essentielle des manifestants.
Même Vladimir Poutine a dû reconnaître qu’un tel excès de zèle de certains fonctionnaires "pourrait avoir eu lieu" , tout en insistant pourtant que la majorité de ses partisans sont venus au meeting de leur propre gré.
A un mois des élections présidentielles, la situation politique se complique en Russie. Bien entendu, il est plus que certain qu’avec ou sans falsifications M. Poutine sera élu à la présidence. Mais depuis l’explosion de la protestation, il a un point faible. Sa personnalité et son pouvoir sont désacralisés, et ils le seront davantage au cas, pas tellement improbable, où il ne gagne pas la course présidentielle dès le premier tour.
Or, cette éventualité risque de le rendre encore plus vulnérable face à la contestation qui menace de l’exposer aux critiques de plus en plus virulentes pendant son troisième mandat. C’est d’ailleurs pour cette raison que M. Poutine prétend avec le plus grand sérieux qu’un éventuel second tour risque de déstabiliser la situation politique dans le pays. Certes, il n’ose pas encore sévir contre l’opposition mais fait tout pour l’isoler au sein de la société.
Cette tactique qui est visiblement adoptée par les autorités et la propagande officielle, imite très maladroitement les méthodes de lutte du régime soviétique contre les dissidents. En suivant cet exemple, M. Poutine et son entourage opposent d’ores et déjà "le prolétariat, son patriotisme et sa loyauté naturelle au pouvoir" à "une poignée de citadins repus qui agissent sur l’ordre des puissances étrangères et qui veulent anéantir la Russie" .
Pour incroyable que cela paraisse, c’est précisément en ces termes rudimentaires que les orateurs officiels au meeting de samedi à la défense du "leader national" fustigeaient l’opposition pour demander entre autres l’interdiction des médias libéraux.
On retiendra cependant que l’opposition russe fait preuve d’impatience stérile en continuant d’avancer les revendications a priori irréalisables (comme par exemple la démission immédiate de M. Poutine). Cela au lieu de faire un effort pour élaborer un programme politique capable de l’unir dans le cadre d’un parti politique et susceptible de sensibiliser d’autres couches de la société.
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