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Soutien allemand : un atout ou un boulet ?
Bernard Delattre
Mis en ligne le 07/02/2012
Quatorze fois. Il y a deux semaines, en une bonne heure d’entretien télévisé seulement, Nicolas Sarkozy avait loué quatorze fois le modèle allemand. Lundi soir, dans une interview croisée donnée avec Angela Merkel à France 2 et à la ZDF, le chef de l’Etat a une nouvelle fois insisté sur l’absolue nécessité, selon lui, d’accélérer la convergence entre les politiques des deux pays. Dans le passé, déjà, Jacques Chirac et Gérard Schröder, et avant eux François Mitterrand et Helmut Kohl, étaient apparus côte à côte à la télé. Mais jamais auparavant un dirigeant allemand n’avait aussi ostensiblement appuyé son binôme français à moins de trois mois d’un scrutin élyséen. "Il est normal que nous soutenons nos partis amis", a justifié Angela Merkel, lundi.
L’axe Paris-Berlin "a permis d’éviter que l’Europe tombe dans le gouffre de la crise financière", a, quant à lui, répété Nicolas Sarkozy. L’UMP, depuis plusieurs mois, en fait son leitmotiv. Son objectif, assumé, est d’ancrer dans l’électorat l’idée selon laquelle le couple franco-allemand serait gravement déstabilisé si le socialiste François Hollande accédait à Elysée.
François Hollande jure du contraire : il promet que, s’il l’emportait en mai, il œuvrerait "en bonne intelligence" avec l’Allemande. Et, quand les socialistes critiquent le couple "Merkozy", ils prennent bien soin désormais de préciser que ce n’est pas l’Allemagne qu’ils visent, mais "la droite conservatrice" de ce pays. Le PS, cependant, n’a pas fini de ramer pour faire oublier les tirades germanophobes qu’on a entendues, dernièrement, dans ce parti. Quand des barons socialistes n’ont rien trouvé de mieux que de fustiger la "politique à la Bismarck" d’une "droite prussienne" qui serait obsédée de "nationalisme" - un sommet Sarkozy-Merkel y a même été comparé à la rencontre Daladier-Hitler, à Munich en 1938.
En ce qui concerne Nicolas Sarkozy, ce soutien allemand le servira-t-il ?
Par tradition, les enjeux internationaux pèsent assez peu dans les critères de choix présidentiels des Français. Et, dans ce cas précis, l’on peut noter que les dernières mesures politiques que l’Elysée a présentées comme inspirées d’outre-Rhin (la "TVA sociale", au premier chef) sont assez largement désavouées dans les sondages.
Cette accointance franco-allemande est "une faute" tactique de l’UMP, a d’ores et déjà diagnostiqué et prophétisé, lundi, le no 2 du Front national, Louis Alliot. Pour qui "les Français, attachés à leur souveraineté, n’aiment pas beaucoup que les gens d’à côté viennent mettre le nez dans leurs affaires".
A en croire les sondages de ces dernières semaines, en tout cas, la catégorie de l’opinion qui est la plus critique envers les réformes découlant de la convergence franco-allemande est cet électorat populaire que les sondeurs décrivent comme déçu à jamais par Nicolas Sarkozy. Mais, ces études ayant certainement été vues à l’Elysée, l’on peut déduire qu’en haut lieu, on a préféré retenir un autre de leurs enseignements : ce rapprochement franco-allemand est applaudi par l’électeur de droite, et par l’électeur UMP en particulier. En insistant à ce point sur ce volet de sa politique, Nicolas Sarkozy espère donc rassembler son camp derrière lui.
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