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Rwanda: "Trévidic restaure la dignité des dix paras"
Marie-France Cros
Mis en ligne le 08/02/2012
Début janvier était rendu public, à Paris, le rapport des experts français nommés par le juge Trévidic pour déterminer d’où étaient partis les missiles qui ont abattu, le 6 avril 1994, l’avion du président Habyarimana du Rwanda; cet attentat avait donné le signal de début du génocide contre les Tutsis. Les experts français ont conclu que les missiles avaient été tirés du camp de Kanombe de l’armée d’Habyarimana - et non, comme l’avait soutenu le juge Bruguière, dont M. Trévidic a repris le dossier, des collines de Masaka, par le Front patriotique rwandais (FPR, dominé par les Tutsis), aujourd’hui au pouvoir à Kigali.
"La Libre Belgique" a interrogé l’avocat belge Bernard Maingain - qui défend sept Rwandais de l’entourage du président Kagame accusés de l’attentat par le juge Bruguière - sur les conséquences, pour la Belgique, de cette expertise.
Cette expertise permet-elle de voir le dossier de l’assassinat des dix paras belges par des militaires extrémistes hutus, le 7 avril 1994, sous un autre jour ?
Cette expertise, comme le rapport Mutsinzi (NdlR : commission d’enquête rwandaise sur l’attentat) montrent bien que les dix paras belges ont été les martyrs d’un putsch et qu’ils n’avaient rien à voir avec l’assassinat d’Habyarimana - contrairement à ce que soutenaient ceux qui ont poussé les militaires rwandais du camp Kigali à les tuer. Ceux qui ont ordonné de les tuer - essentiellement le colonel Bagosora (NdlR : jugé par le Tribunal pénal international pour le Rwanda) - ont fait ainsi un coup machiavélique, leur permettant à la fois de conforter l’idée que c’étaient les Belges qui étaient responsables de l’attentat et de créer un leurre en laissant une part d’inconnue, qu’on dise "ceux qui savaient sont morts". C’est un dossier où la vérité a été systématiquement cachée; le premier leurre a été l’imputation d’une responsabilité belge dans la mort d’Habyarimana. Je voudrais ajouter que quand l’ex-ambassadeur de Belgique au Rwanda, Johan Swinnen, a dit dernièrement au "Vif" que la Belgique avait retiré ses soldats parce que les dix paras avaient été tués, il a oublié de rappeler que Bruxelles avait en outre œuvré à ce que tous les casques bleus - pas seulement les belges - soient retirés du Rwanda. Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Willy Claes, a fait envoyer des lettres en ce sens à diverses chancelleries et au secrétaire général de l’Onu; c’est, pour moi, le sommet de la lâcheté et du déni du martyre des Dix. D’un côté, ils meurent en héros; de l’autre, on tire prétexte de leur mort pour fuir lâchement le pays et abandonner un million de personnes aux tueurs. Je comprends les militaires qui, au retour en Belgique, ont piétiné leurs bérets. Le dossier Trévidic est fondamental notamment parce qu’il restaure la dignité des paras belges et met crûment en lumière l’indignité de certains responsables politiques belges. Il permet aussi de voir à quel point Bruguière, dans son ordonnance de soit-communiqué, avait occulté toute la propagande antibelge et les accusations de participation à l’attentat formulées contre les Belges. Et pour cause, puisque ces assassinats et cette propagande renvoient au camp des extrémistes hutus, c’est-à-dire les gens qui contrôlaient le camp militaire de Kanombe !
Pourquoi agissait-il ainsi ?
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