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Pour qui le Tea Party roulera-t-il ?

Stéphanie Fontenoy

Mis en ligne le 09/02/2012

Romney a du mal à se faire accepter par la base du Grand Old Party.
Correspondante à New York

Mitt Romney, favori par défaut. Le désamour des conservateurs pour Mitt Romney est de plus en plus visible. Le GOP arrivera-t-il à montrer un front uni ? L’outsider Rick Santorum a emporté largement mardi soir le vaste Etat du Colorado, concédant seulement à Mitt Romney les deux principales villes, Denver et Boulder, et quelques comtés.

Un revers pour ce dernier qui s’était imposé comme l’alternative conservatrice à John McCain en 2008 et avait enlevé facilement cet Etat du Midwest. Quatre ans plus tard, l’axe conservateur s’est déplacé davantage vers la droite. Comparé à ses adversaires les plus sérieux, Newt Gingrich, parrain de la révolution conservatrice des années 90, et le très catholique Santorum, l’ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney fait figure de modéré. Ses concurrents ne se gênent pas de le lui rappeler. Newt Gingrich en particulier force le trait, quand il le décrit comme le candidat libéral par excellence : "Pro-avortement, en faveur du contrôle des armes à feu, pour les hausses d’impôts."

Elu gouverneur républicain de l’un des Etats les plus démocratiques de la côte Est en 2002, Mitt Romney a bien du mal à se faire accepter de l’importante base conservatrice du Grand Old Party. Dans les scrutins dominés par les chrétiens évangéliques et les membres du Tea Party, Mitt Romney a perdu trois fois sur quatre.

Il n’est pas non plus en odeur de sainteté dans les zones rurales et auprès des électeurs qui gagnent moins de 50 000 dollars par an. Sa mise parfaite et ses costumes d’homme d’affaires le déshumanisent auprès de l’électorat populaire, qui avait adoré les allures de Texan de George W. Bush. La presse lui a d’ailleurs donné le surnom de "Mittbot", Mitt le Robot Il est qui plus est le candidat de l’establishment. Or l’Américain moyen a horreur de se faire dicter ses choix. Le parfum d’inévitabilité qui flotte autour du favori pourrait être en train de se retourner contre lui.

Pour remporter la nomination, Mitt Romney est forcé de faire une contorsion à droite : en plus de son mormonisme, son plus gros handicap est sa signature au bas de la loi sur la couverture maladie du Massachusetts, la plus "démocratique" et équitable du pays, qui a en partie servi de modèle à la réforme de la santé de Barack Obama.

Pour se racheter de cette "faute", M. Romney a promis d’abroger immédiatement "Obamacare" s’il est élu à la Maison-Blanche.

Mais la source des malheurs de Romney est aussi la crise existentielle que traverse le Parti Républicain. La victoire du Tea Party aux élections législatives de mi-mandat en novembre 2010 a apporté du sang neuf mais a également modifié l’ADN du mouvement.

Le magazine Newsweek dénombre pas moins de cinq sous-groupes qui dessinent la nouvelle base conservatrice : les libertariens isolationnistes, emmenés par Ron Paul, les néocons interventionnistes qui cherchent à en découdre avec l’Iran, les conservateurs pro-business, les partisans des valeurs morales et les troupes du Tea Party. "Le mouvement conservateur moderne a toujours été une coalition disparate de groupes plus souvent unis face à ce qu’ils opposent que dans ce qu’ils affirment" , souligne dans "Newsweek" Richard Land, président de la Commission éthique et religion.

Au regard du début houleux et des débats féroces des primaires républicaines, il est peu probable qu’un candidat parvienne à fédérer la droite américaine. Le déficit d’enthousiasme que génère cette campagne est là pour le prouver. Selon un récent sondage de l’Institut Pew Research Center, une majorité de Républicains (52 %) considère que le choix qui leur est offert est pauvre ou moyen.

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