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Sarkozy : une campagne gênée par la précédente?

Bernard Delattre

Mis en ligne le 09/02/2012

Il pourrait hâter le tempo. Woerth mis en examen, une épine de plus dans le pied.
Correspondant permanent à Paris

Plutôt février que mars ? Ces jours-ci, les indiscrétions circulent de plus belle à Paris, tablant sur une accélération du calendrier électoral de l’hôte de l’Elysée.

A l’origine, Nicolas Sarkozy était pressenti pour n’officialiser sa candidature qu’en mars. Suivant l’exemple de la campagne éclair de François Mitterrand, en 1988 : tardive, mais victorieuse et haut la main. Dès mercredi midi, cependant, les conseillers de l’Elysée ont dû démentir de tous côtés avoir réservé, pour la fin de ce mois, une des plus grandes salles de spectacles (et donc de meetings) de Paris. Et, le matin même, le propre conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, l’ex-ministre Brice Hortefeux, s’est montré assez embarrassé au moment où, à la faveur d’une interview radio, il a été invité à préciser son agenda pour la fin février.

Pourquoi Nicolas Sarkozy se hâterait-il ? Parce que, les semaines passant, il ne voit globalement pas se réduire l’avance dont les sondages continuent de créditer le candidat PS, François Hollande. Or, à trop tarder, Nicolas Sarkozy risque de ne plus laisser assez de temps aux courbes des sondages pour se croiser, ou en tout cas pour se rapprocher. Le Président sortant doit aussi compter avec le fait que, dès le 19 mars, tous les candidats à l’Elysée seront placés sur un strict pied d’égalité, en termes de temps de parole et d’antenne dans les médias audiovisuels. Donc, s’il compte notamment sur sa présence et son talent médiatiques pour faire bouger les sondages, il ne peut pas se lancer à la dernière minute dans la course.

Mais quel que soit le moment où elle démarre, la campagne sarkozyste de 2012 pourrait être parasitée par celle que mena l’intéressé en 2007.

Mercredi, en effet, les juges instruisant l’affaire Bettencourt ont, pendant toute la journée, entendu celui qui, en 2007, était trésorier à la fois de l’UMP et du candidat Sarkozy. Tard dans la soirée et comme on pouvait s’y attendre, l’ex-ministre Eric Woerth a été inculpé de trafic d’influence passif.

Entre autres charges pesant sur lui, Eric Woerth a été accusé par l’ex-comptable de Liliane Bettencourt d’avoir reçu, des mains de l’homme de confiance de la milliardaire, des enveloppes d’argent liquide ayant pu irrégulièrement financer la campagne sarkozyste de 2007. En outre, les dons (légaux, eux) que, par ailleurs, la femme la plus riche de France a faits à l’UMP pourraient relever du recel d’abus de faiblesse. Puisque, selon des expertises médicales, la santé mentale de l’intéressée était déjà amoindrie.

Le candidat Sarkozy de 2012 gêné par les ennuis judiciaires du grand argentier du candidat Sarkozy de 2007 ? A moins que, pendant de longs mois, loin de la fièvre électorale, l’"affaire Woerth" ne s’enlise dans d’obscurs méandres procéduraux.

Car, théoriquement, la validation, par le Conseil constitutionnel, des comptes de campagne du candidat Sarkozy de 2007 (21 millions d’euros), s’impose à toutes les autorités, y compris au pouvoir judiciaire.

C’est d’ailleurs sur cette prérogative que sont basés les recours qu’ont introduits d’autres sarkozystes qui, eux, sont accusés d’avoir financé irrégulièrement (via le "Karachigate") une autre campagne présidentielle encore : celle, en 1995, d’Edouard Balladur - dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole.

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