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Cela ne va pas être facile pour Nicolas Sarkozy

Bernard Delattre

Mis en ligne le 16/02/2012

Nicolas Sarkozy aura bien besoin de son énergie et de la force de frappe de l’UMP.
Éclairage Correspondant permanent à Paris

De tous les (Présidents) sortants, il est le plus impopulaire". Dixit le politologue Jérôme Jaffré, dans "Le Monde" de mercredi. Dix semaines séparent encore les Français du premier tour de la présidentielle, mais l’ex-n°1 de la Sofres semble déjà ne pas donner cher de la peau du Président sortant. Pour lui, "qu’il y ait une petite remontée (dans les sondages) de Nicolas Sarkozy (après son entrée en campagne), peut-être. Mais que les courbes (de ces sondages) s’inversent (d’ici à l’élection), c’est autre chose".

Si cela se confirme, Nicolas Sarkozy suivrait donc l’infortuné exemple de Valéry Giscard d’Estaing : le seul Président sortant à avoir raté sa réélection, en 1981. Parti tardivement en campagne (le 2 mars), et alors qu’il n’était crédité que de quelque 28 % des intentions de vote, il ne réussit jamais à rattraper François Mitterrand.

Mais l’UMP, qui sait, a peut-être un autre précédent en tête. Celui d’un autre Président sortant qui, à l’époque, lança sa campagne pour sa réélection dans les pires conditions, mais parvint malgré tout à s’imposer - fût-ce dans une configuration très particulière.

Cet ex-Président, c’est Jacques Chirac, en 2002. Lorsqu’il se déclara, un 11 février, les sondages ne le créditaient que de quelque 25 % des voix seulement : soit l’étiage moyen attribué à Nicolas Sarkozy aujourd’hui. Cela n’empêcha pas Jacques Chirac de remporter le premier tour, deux mois plus tard. Certes, son score fut pitoyable : 19,88 %, le plus mauvais résultat de premier tour d’un Président sortant. Mais, ensuite, vu la configuration inédite et rocambolesque du second tour (face à Jean-Marie Le Pen), Jacques Chirac entra dans l’Histoire comme le Président le mieux réélu de la Ve République : avec 82,2 % des suffrages.

Ces fameuses courbes sondagières, entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, peuvent-elles encore se rapprocher, voire se croiser, d’ici au 22 avril ? D’après des échos, les stratèges de l’UMP auraient déjà fait leurs calculs.

Selon ces pronostics, rien que les propositions très clivantes faites par leur candidat le week-end dernier (sur le mariage et l’adoption homosexuels, singulièrement) le feront progresser de trois à quatre points. Ajoutés à cela quelques points de plus entraînés par l’officialisation de sa candidature, et quelques dixièmes de points provenant du désistement de petits candidats de droite en sa faveur, et voilà Nicolas Sarkozy qui quitterait la zone rouge des 25 %. Pour celle, plus confortable, des 30 %.

"Deux ou trois points ne changeraient rien sur le fond, mais les médias parleraient de dynamique. Psychologiquement, donc, ça compte", selon le politologue Roland Cayrol. Plus sceptique semble être le sondeur Jean-Marc Lech (Ipsos). A ses yeux, "pour que l’annonce produise un effet, il faudrait un effet de surprise. Or, la surprise ne porte que sur la date et le lieu de la déclaration de Sarkozy. Aucunement sur le fait qu’il sera candidat". En haut lieu, en tout cas, on n’en mènerait pas large. "Si, dans les deux semaines qui viennent, il n’a pas pris trois points, cela deviendra difficile", aurait reconnu, dernièrement, "un proche de Nicolas Sarkozy", à en croire une indiscrétion, lundi, du "Figaro" - bien informé sur les coulisses de l’Elysée.

Là où le problème se double, pour le Président sortant, c’est qu’il n’accuse pas seulement un retard quantitatif sur François Hollande : mesuré à l’aune du différentiel entre les intentions de votes dont les deux candidats sont crédités. Il est distancé aussi dans les sondages qualitatifs. Désormais, en effet, sur tous les sujets de préoccupation des Français, François Hollande est jugé plus crédible et capable que lui. Idem pour les critères de choix de l’électorat basés sur la personnalité des candidats. Fin janvier, Nicolas Sarkozy pouvait encore se consoler de largement devancer le socialiste (46 % contre 39 %) sur le critère de la "stature présidentielle". Mais, selon le dernier TNS-Sofres, 59 % des Français pensent que François Hollande "a l’étoffe d’un Président" - soit presque autant que Nicolas Sarkozy (60 %).

Mais ici, encore, qui sait, l’UMP trouvera-t-elle dans le passé des raisons de ne pas d’emblée (trop) désespérer.

Ainsi, à la présidentielle de 1995, Edouard Balladur resta jusqu’en février le grand favori. Mais fut rattrapé par Jacques Chirac en mars, et battu par lui en avril. Et, en 2002, dans les deux dernières semaines avant le premier tour, Jean-Marie Le Pen, que personne ne voyait au second tour, progressa tant que, finalement, il réussit à s’inviter en finale, au détriment du socialiste Lionel Jospin.

Le rapport de forces de février n’est donc pas toujours celui d’avril.

Mais sans doute qu’en cette matière comme en général, comparaison n’est pas raison - pas forcément, en tout cas.

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