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Syrie: "Le mouvement est beaucoup trop léger"
Matthieu Colleyn - Envoyé spécial au Liban
Mis en ligne le 16/02/2012
En visite au Liban, dernière étape de sa mission au Moyen-Orient, où il a pu rencontrer le président Michel Sleiman et le Premier ministre Najib Mikati, Didier Reynders livre son analyse de la situation en Syrie. Le ministre des Affaires étrangères plaide pour une politique de soutien actif des pays du Printemps arabe.
Que ressort-il de vos rencontres au Liban en ce qui concerne le problème syrien ?
Il en ressort d’abord une très grande prudence. La Syrie est le principal voisin du Liban, il y a des relations permanentes entre les deux pays, 5 à 600 000 Syriens vivent au Liban. Il y a une volonté d’éviter le plus possible de prendre part au débat sur la Syrie. Il y a une crainte des répercussions que pourrait avoir l’évolution du problème syrien au Liban. On observe ici un plaidoyer très fort pour le dialogue en Syrie. D’après les entretiens que j’ai eus avec le Président et le Premier ministre libanais, la volonté est de faire en sorte que ce dialogue démarre, que le régime bouge. On a aujourd’hui des communications sur une anticipation du référendum constitutionnel qui devrait avoir lieu le 26 février, mais au même moment, il y a une accélération des demandes d’intervention.
Alain Juppé demande un corridor humanitaire et avec la Ligue Arabe nous avons eu des débats pour avancer vers une intervention sur le terrain qui soit plus proche de ce que l’opposition demande. J’espère que les choses vont bouger dans les jours qui viennent.
Le régime syrien finance le Hezbollah libanais et demeure très impliqué au Liban. Est ce que sur le plan politique, cette crise n’est pas une occasion pour le Liban de se défaire de cette influence syrienne ?
On peut imaginer beaucoup de choses mais il faut garder à l’esprit que nous sommes dans un pays qui a connu la guerre civile. La volonté est avant tout d’éviter de retomber dans une agitation violente. Il y a encore des milices armées. Il y a peut-être des ambitions politiques au Liban, c’est un débat qui existe depuis longtemps. Mais si l’on veut que le dialogue s’installe, il faut des gestes clairs de la part de la Syrie ! Le premier geste, c’est d’annoncer qu’on avance le référendum mais la situation ne s’améliore pas sur le terrain. C’est une course de vitesse. Si le régime syrien veut démontrer une capacité de dialogue, il y a des préalables. Le premier d’entre eux, c’est que la violence s’arrête. Que l’on puisse aller sur place, vérifier que les violences s’arrêtent et maintenir le calme.
Ce n’est pas du tout l’attitude de Damas ?
Non ce message-là, on ne l’entend pas.
C’est surtout le Conseil de sécurité de l’Onu qui pose problème aujourd’hui, non ?
Le veto russe et chinois est présent, les autres membres du conseil de sécurité font le maximum d’efforts. On va redoubler ces efforts. Nous avons mis la pression à travers des sanctions. Il y a maintenant une demande très forte d’unité de l’opposition syrienne. Il faut qu’elle représente l’ensemble des courants syriens. Au-delà de ça, il y a une demande d’intervention, c’est-à-dire du matériel de communication, les corridors humanitaires. Si on doit déployer un dispositif humanitaire, il y aura des casques bleus, ou une présence de même nature.
Même si les combats se poursuivent ?
C’est là que la difficulté intervient. Si le régime veut aller vers une solution à la yéménite, même si on ne peut pas comparer les situations des deux pays, il faut arrêter les violences et montrer une détermination à changer les choses sur le plan politique. Il y a un léger mouvement mais il est beaucoup trop léger.
Retour au Liban, qu’en est-il du Tribunal spécial ?
J’ai pu constater le paiement de la contribution libanaise 2011 au Tribunal spécial, ce qui avait posé problème pendant tout un temps. Et les autorités libanaises m’ont confirmé leur accord pour prolonger l’activité de ce tribunal durant les trois prochaines années. Ce qui ne va pas les empêcher de faire valoir leurs arguments chaque fois que des procédures se déclencheront.
Et sur l’arrestation des quatre suspects de l’assassinat de Rafic Hariri ?
Le Tribunal doit pouvoir faire son travail, il faut qu’il n’y ait pas d’opposition en la matière. Le gouvernement doit faire valoir ses arguments, mais à l’intérieur de la procédure.
Peut-on se satisfaire d’un procès sans suspects ?
L’idéal est évidemment d’avoir une présence physique au procès mais pour l’instant le plus important c’est d’obtenir cette poursuite de l’activité du tribunal. Un cadre conflictuel ne serait pas favorable à ses activités.
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