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Mitt Romney: amateur ou bon gestionnaire ?

Stéphanie Fontenoy, correspondante aux USA

Mis en ligne le 02/08/2012

La tournée de Mitt Romney a confirmé que sa politique sera un retour à celle de George W. Bush. Soit : “plus d’ennemis et moins d’amis”.
Entretien Correspondante aux États-Unis

Directeur du Centre sur l’Europe et les Etats-Unis à la Brookings Institution de Washington, Justin Vaïsse revient sur la visite de Mitt Romney sur le Vieux Continent, et ses nombreuses critiques.

La mini-tournée de Mitt Romney en Europe et en Israël s’est-elle soldée par un échec ?

Plus grave encore que le contenu de ses nombreuses gaffes, Mitt Romney a donné l’image d’un amateur alors que sa force principale est d’être perçu comme un bon gestionnaire, un chef d’entreprise, l’homme qui avait remis de l’ordre dans les Jeux olympiques de Salt Lake City. Cette tournée a produit l’effet inverse de celle de Barack Obama en 2008. Le Démocrate avait démontré pendant sa campagne et pendant le voyage qu’il savait tenir son équipe et faire tourner une opération bien huilée.

Quelle impression laisse Mitt Romney aux Européens ?

Son approche était de dénoncer la politique étrangère de Barack Obama qui selon lui a négligé les alliés démocratiques des Etats-Unis pour s’acoquiner sans grand résultat avec la Chine, la Russie et l’Iran. Mitt Romney voulait donc faire comprendre qu’il resserrerai les rangs avec les alliés démocratiques. Or, il a non seulement critiqué les Britanniques mais il décrie aussi le modèle économique européen, ce qui n’est pas une bonne façon de s’attirer les grâces d’Angela Merkel ou de François Hollande. On sait qu’il a beaucoup varié dans ses opinions, qu’il a dit tout et son contraire. L’espoir côté européen est de croire qu’il est bien cette girouette, ce "flip-flopper" et qu’on ne peut pas le prendre au mot dans ses déclarations, notamment sur la Russie, "ennemi géopolitique numéro 1" ou encore la Chine qu’il veut décrire comme "manipulatrice de taux de change" dès son premier jour à la Maison Blanche. L’espoir est qu’il revienne, s’il est élu, à ce qu’on pense qu’il est au fond de lui, c’est-à-dire un modéré et un pragmatique. Car l’ensemble de ses positions est contraire aux grandes orientations de la diplomatie européenne. Bref, on espère qu’il n’est pas sérieux !

Mitt Romney a fait une visite importante en Israël. Comment se positionne le lobby pro-israélien dans cette élection ?

Traditionnellement, les Juifs américains votent massivement démocrate, tout simplement parce qu’ils sont libéraux (au sens américain) sur les questions de politique intérieure. Cela s’était encore vérifié en 2008, quand Barack Obama avait obtenu entre 76 % et 78 % des voix de l’électorat juif américain. A mon avis, Barack Obama fera un score un peu inférieur cette année, mais ce ne sera pas un effondrement. Cette tendance est importante pour les donations de campagne car les juifs américains sont très actifs en matière de philanthropie et de dons y compris aux partis politiques. On l’a vu avec Sheldon Adelson, le roi des casinos de Las Vegas, qui avait signé un chèque de 10 millions de dollars à Newt Gingrich lors des primaires républicaines et qui soutient à présent Romney à coups de millions.

Cette tournée compte-t-elle pour la suite de l’élection présidentielle américaine ?

C’est le paradoxe. Tout le monde pensait que ce serait un voyage complètement "scripté" et qui passerait inaperçu. Or, à cause de ses gaffes, c’est un voyage auquel on a prêté attention, pour les mauvaises raisons. Même si cette élection ne se jouera pas sur des questions de politique étrangère, il est certain que Mitt Romney a confirmé les craintes des électeurs indépendants sur le fait que sa politique est un retour à celle de George W. Bush : plus d’ennemis et moins d’amis. On a vraiment l’impression d’un retour sinon à la guerre froide du moins aux années Bush. Chez les Indépendants et les Républicains modérés, ce n’est pas exactement l’humeur. Les Américains savent que le monde a changé, qu’il est devenu plus multipolaire, que l’on est plus au début des années 2000 avec un Etat américain en fort excédent budgétaire et une armée au mieux de sa forme. Ce type de discours peut lui faire gagner des points auprès d’une petite partie de la base conservatrice mais cela peut surtout lui coûter des points chez les Indépendants.

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