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Une immigration un peu trop rose
Marcel Linden, correspondant en Allemagne
Mis en ligne le 20/08/2012
L’implantation d’immigrés en Allemagne ne satisfait pas seulement les nouveaux arrivés, elle rend aussi heureux les autochtones. C’est en tout cas ce qu’affirme, dans une étude controversée, l’Institut de l’avenir du travail IZA de Bonn.
Les chercheurs ont trouvé que, dans les régions à forte immigration, les habitants sont plus satisfaits de leur sort que dans des contrées avec moins d’immigrés. Ils ont comparé l’immigration géographique avec le panel socio-économique de l’institut économique DIW, qui mesure entre autres la satisfaction de 20 000 habitants. Selon l’étude, les immigrés sont aussi heureux, surtout si d’autres immigrés vivent déjà dans leur voisinage.
Le résultat de l’étude prête à controverse dans la mesure où l’intégration des immigrés pose de gros problèmes : la criminalité des jeunes Turcs et Arabes est élevée et leur performance scolaire laisse à désirer. A Berlin et dans des villes de la Ruhr, des Allemands quittent des quartiers à forte implantation d’immigrés. Et ces derniers n’ont pas l’air de se sentir tellement à l’aise : selon l’organisme d’anti-discrimination de l’Etat fédéral, 42 % des immigrés, et seulement 24 % des Allemands, se sentent discriminés par l’administration et sur le lieu de travail.
Nous avons interrogé Corrado Giulietti, vice-directeur de recherche de l’IZA et l’un des auteurs de l’étude, à propos de l’incrédulité suscitée par celle-ci (ainsi, sur le forum Internet de la "Frankfurter Allgemeine", environ 90 % des réactions étaient négatives). "Oui, répond-il, nous avons regardé les données qui ne correspondent pas forcément à la perception de l’homme de la rue. Les gens se concentrent sur les aspects négatifs, nous avons aussi voulu mettre les bons côtés de l’immigration sur la table. De précédentes études ont montré que l’immigration est mal perçue en période de chômage élevé. Nous avons voulu aller au-delà. Les gens sont heureux quand ils ont un emploi, cela va de soi, mais il y a aussi d’autres critères de bonheur : la santé, l’habitation, les loisirs. Or, pendant vos loisirs, vous pouvez aller dans un restaurant italien, turc ou indien. Les Allemands aiment que les immigrés enrichissent la culture sur le plan culinaire. Et, avec la présence d’immigrés, on trouve aussi plus facilement une femme de ménage ou une bonne d’enfants. Beaucoup d’immigrés sont très qualifiés et appréciés en cette période de pénurie de personnel".
Pourtant, dans les quartiers critiques des grandes villes, les rapports sont souvent tendus entre Allemands et immigrés, qui vivent à peu près tous de l’allocation sociale du type Hartz IV. "Ces rivalités sont indéniables, répond M. Giulietti, mais la situation dans des quartiers comme Marzahn à Berlin ou Tannenbusch à Bonn est une conséquence d’une politique d’urbanisme erronée."
Dans l’étude, il est dit que les Allemands sont d’autant plus satisfaits que les immigrés sont mieux intégrés, mais jusqu’à un certain point seulement. Que faut-il entendre par là ? "Si les Allemands constatent que les immigrés s’approchent de la norme en termes de revenu ou de logement, ils apprécient. Le voisin immigré, qui a la même voiture et la même maison, n’est plus considéré comme un immigré. Mais, s’il fait mieux que l’autochtone, cela peut rendre jaloux."
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