Viol de l'étudiante en Inde: que fait la police ?

Rarement un procès aura été aussi attendu. Ce lundi, un mois après le viol d'une jeune fille dans un bus de Delhi, cinq suspects comparaissent devant un tribunal. Le drame continue d'indigner l'opinion tant les faits sont cruels.

Emmanuel Derville, Correspondant à New Delhi
Viol de l'étudiante en Inde: que fait la police ?
©BELGA

Rarement un procès aura été aussi attendu. Ce lundi, un mois après le viol d'une jeune fille dans un bus de Delhi, cinq suspects comparaissent devant un tribunal. Le drame continue d'indigner l'opinion tant les faits sont cruels : l'étudiante rentrait du cinéma avec un ami lorsqu'elle est agressée, violée, battue à mort. Son ami est tabassé, les deux victimes sont jetées sur le pavé quelques heures plus tard. Elle succombe à ses blessures le 29 décembre.

Depuis, une question hante les esprits : que fait la police ? Les forces de l'ordre ont brillé par leur nullité. Les vitres du bus à bord duquel les deux victimes avaient embarqué étaient teintées, alors que celles-ci sont interdites. Aucun barrage de police, pourtant nombreux dans la capitale, ne semble avoir remarqué l'autocar. Ensuite, l'homme qui accompagnait la victime a raconté à la télévision comment les patrouilles arrivées sur place avaient d'abord débattu de leur juridiction avant de les emmener à l'hôpital.

Après ce viol, et devant l'indignation publique, la police de Delhi a placardé une liste de recommandations près des lycées et des universités. Parmi les conseils, on trouve pêle-mêle : "les filles doivent rentrer chez elle après les cours", "prenez des cours de self-defense", "achetez un chien", "apprenez à votre fille à crier si elle se sent menacée" Révélateur de l'incapacité de la police à lutter contre le viol alors que ce fléau explose à Delhi.

La police en recensait 466 en 2008. En quatre ans, le chiffre a grimpé de 36 % à 635. Toute l'Inde est concernée : selon les statistiques du National Crimes Record Bureau, le nombre de viols est passé de 20 737 en 2007 à 24 206 en 2011. Soit une hausse de 16 %.

Souvent, les victimes renoncent à porter plainte, persuadées que les policiers sont incapables. En 2012, dans les 635 affaires de viols traitées par la police à Delhi, un seul suspect a été condamné. Dès le dépôt de plainte, les victimes affrontent des officiers insensibles. En avril 2012, l'hebdomadaire indien "Tehelka" a publié une enquête qui révèle les perceptions d'une trentaine d'officiers sur le viol à travers vingt-trois commissariats de New Delhi et des villes voisines. Dix-sept policiers affirment que la victime est responsable du viol qu'elle a subi. Certains mettent en avant le port de vêtements jugés inappropriés et le fait d'aller dans des bars comme des éléments provoquant l'agression. D'autres soutiennent que le viol n'existe pas : la victime serait consentante dans la plupart des cas Ou elle inventerait le viol pour extorquer de l'argent.

Ces témoignages ne surprennent pas Sanjiv Bhatt, officier diplômé de l'Indian Police Service (IPS), l'école d'élite de la police. "Le processus de sélection des officiers et des enquêteurs laisse à désirer. Beaucoup ont atteint ce grade par promotion et sont rentrés dans la police sans aucun diplôme universitaire." Tous les officiers suivent une formation aux méthodes d'enquête. Problème : par manque d'effectif, la police n'a pas le temps de former ses membres.

A Delhi, elle croule sous les missions hétéroclites : répression des constructions illégales, enregistrement des restaurants, délivrance de permis en tout genre. Mais aussi protection des personnalités. Selon la presse indienne, alors que la police de Delhi compte 84 000 membres, 30 % seraient affectés à ces missions. Faux, rétorque Virender Singh, commissaire adjoint rattaché au quartier général. "Deux mille hommes sont assignés à la protection de personnalités."

Ces dernières semaines, des officiers de police et des fonctionnaires se sont succédé sur les chaînes de télévision et dans les journaux pour proposer des solutions : réserver le traitement des plaintes de viol aux officiers supérieurs, réaliser un examen corporel de la victime avant la plainte pour récupérer autant d'indices que possible, affecter des femmes policières aux enquêtes Alors que l'institution compte cinq mille policières, une demande a été transmise au ministère de l'Intérieur pour en recruter deux mille cinq cents. "Il nous faut au moins 10 % de femmes", admet Virender Singh.

Reste qu'une réforme de l'institution et des mentalités prendra du temps. En 2006, la Cour suprême indienne avait rendu un arrêt contenant sept mesures pour moderniser la police. Cinq ans plus tard, leur mise en vigueur tarde à se concrétiser.

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