Barack Obama lance un appel historique pour le droit des homosexuels

Serment face à des centaines de milliers de personnes, grand discours et défilé: Washington en fête accueille lundi les cérémonies d'investiture du président Barack Obama, entré la veille dans son second mandat à la tête des Etats-Unis. Toutes les photos, ici.

AFP
Barack Obama lance un appel historique pour le droit des homosexuels
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Barack Obama a prêté serment lundi pour un second mandat de quatre ans à la tête des Etats-Unis, face à une foule de plusieurs centaines de milliers de personnes rassemblées au centre de Washington.

"Moi, Barack Hussein Obama, je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des Etats-Unis, et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis", a répété M. Obama face au président de la Cour suprême.

Une première cérémonie, intime et expédiée en quelques dizaines de secondes, a déjà eu lieu dimanche à la Maison Blanche, le 20 janvier à midi étant la date et l'heure précises disposées par la Constitution pour le début des mandats présidentiels. La tradition veut toutefois que lorsque le 20 tombe un dimanche, les cérémonies publiques soient reportées au lendemain. Face au président de la Cour suprême John Roberts, M. Obama a levé la main droite et posé la gauche sur deux Bibles: celle d'Abraham Lincoln, sauveur de l'Union et émancipateur des esclaves, et celle de Martin Luther King, dont coïncidence, la mémoire est honorée lundi aux Etats-Unis.

"Nous sommes en train de vivre le rêve", explique à l'AFP Wisha, une Noire venue du Texas (sud), en allusion au célèbre discours de King sur l'espoir de relations raciales apaisées, "je fais un rêve". Lors de son second mandat, les priorités de M. Obama seront de résoudre l'impasse budgétaire, faire adopter des restrictions sur les ventes d'armes à feu et réformer les lois sur l'immigration, a indiqué dimanche son proche conseiller David Plouffe, selon qui l'intervention de lundi "sera un discours d'espoir".

Dossiers épineux

"Sachez que ce que nous fêtons n'est pas l'élection ou la prestation de serment d'un président, ce que nous faisons, c'est célébrer chacun d'entre nous et ce pays formidable qui est le nôtre", a affirmé dimanche soir M. Obama lors d'une réception.

M. Obama avait pris ses fonctions en janvier 2009 au paroxysme de la pire crise économique depuis les années 1930. Si la situation s'est peu à peu améliorée, le président démocrate doit encore faire face à de nombreux dossiers épineux, alors que ses adversaires républicains ont conservé leur position de force au Congrès. Si le président jouit d'une cote de confiance de 51% selon une enquête du New York Times, ses compatriotes sont plus sévères sur sa gestion de l'économie. Près de deux millions de personnes avaient assisté à la première prestation de serment de M. Obama il y a quatre ans. Cette année, les organisateurs tablent sur jusqu'à 800.000 spectateurs, et les déplacements en transports en commun s'effectuaient plutôt aisément lundi avant l'aube.

Très tôt lundi matin, d'énormes 4x4 blindés de l'armée américaine bloquaient les artères du centre de Washington, faisant respecter aux véhicules un périmètre de sécurité se voulant hermétique. Quelque 30.000 membres des forces de l'ordre sont mobilisés.

M. Obama et son épouse Michelle, à l'issue d'un déjeuner au Capitole, doivent prendre en début d'après-midi la tête d'un défilé sur Pennsylvania Avenue, qui relie le siège du Congrès à la Maison Blanche. Ils assisteront ensuite à l'arrivée du reste de la parade depuis une tribune montée près de la résidence exécutive. La journée, que MM. Obama et Biden ont entamée à 8H40 (13H40 GMT) par une messe à Saint John's, l'"église des présidents" proche de la Maison Blanche, se conclura par des bals d'investiture au palais des Congrès. Katy Perry, Stevie Wonder et les acteurs-chanteurs "oscarisés" Jamie Foxx et Jennifer Hudson s'y produiront.

Les services météorologiques prévoient un temps couvert lundi après-midi sur la région de Washington, avec des températures maximales de 3°C et de possibles chutes de neige dans l'après-midi.

Quelques extraits du discours...

Après sa prestation de serment devant les centaines de milliers de personnes rassemblées au coeur de Washington, le président américain a appelé à l'action pour renforcer les droits et les libertés aux Etats-Unis.

Dans un discours solennel de 20 minutes depuis la tribune installée sur les marches du Capitole, M. Obama a cité la déclaration d'indépendance des Etats-Unis, dont il est le 44e dirigeant, pour appeler à "poursuivre ce que (les) pionniers" ayant fondé le pays avaient entamé.

"Notre voyage ne sera pas terminé tant que nos femmes, nos mères et nos filles ne pourront gagner leur vie comme le méritent leurs efforts", a lancé M. Obama.

"Notre voyage ne sera pas terminé tant que nous n'aurons pas trouvé une meilleure façon d'accueillir les immigrés pleins d'espoir qui voient les Etats-Unis comme le pays du possible (...) Notre voyage ne sera pas terminé tant que tous nos enfants (...) sauront qu'ils sont protégés du mal", a-t-il dit, en citant nommément Newtown, la ville qui fut le théâtre d'un massacre d'écoliers à la mi-décembre.

"Maintenant, des décisions nous incombent, et nous ne pouvons pas nous permettre de retard", a-t-il dit, allusion au fait qu'il devra composer au début de son second mandat, comme à la fin du premier, avec un Congrès partiellement aux mains de ses adversaires républicains.

Lors de son discours, M. Obama a aussi promis que les Etats-Unis réagiraient "à la menace du changement climatique". "Certains refusent peut-être encore d'admettre le verdict écrasant de la science, mais personne ne peut échapper à l'impact dévastateur des feux incontrôlables, des sécheresses redoutables, et des violentes tempêtes", a ajouté le président des Etats-Unis, relativement discret sur ce sujet durant la campagne pour sa réélection à la tête de la première puissance mondiale.

"Le chemin vers des sources d'énergie renouvelables sera long et parfois difficile. Mais l'Amérique ne peut pas aller à l'encontre de cette transition, elle doit en être la locomotive".

"Nous ne pouvons laisser à d'autres pays la maîtrise de technologies qui généreront de nouveaux emplois et de nouvelles industries, nous devons saisir cette opportunité", a-t-il poursuivi.

"C'est comme cela que nous maintiendrons notre vitalité économique et nos trésors nationaux, nos forêts et nos cours d'eau, nos terres agricoles et nos montagnes enneigées (...) C'est comme cela que nous préserverons notre planète".

Le dirigeant a également assuré que son administration maintiendrait des "alliances fortes" partout dans le monde. "Personne n'a plus intérêt à un monde en paix que le pays le plus puissant", a-t-il plaidé en promettant de "soutenir la démocratie de l'Asie à l'Afrique, des Amériques au Moyen Orient".

Un appel historique envers la communauté gay

Signe des temps, et première historique, Barack Obama a explicitement appelé à défendre les droits des homosexuels dans son discours d'investiture au Capitole lundi, aux côtés des juges de la Cour suprême où se tiendra dans deux mois le débat historique sur le mariage gay.

"Notre voyage ne sera pas terminé tant que nos frères et soeurs homosexuels ne seront pas traités comme tout le monde par la loi", a lancé le 44e président des Etats-Unis à la tribune, devenant le premier président à jamais évoquer la cause homosexuelle lors d'une investiture.

Alors que la plus haute juridiction du pays s'apprête à trancher sur la question sensible du mariage homosexuel, Barack Obama a exhorté les Américains à se rappeler de grands lieux historiques de la lutte des droits civiques et mentionné Stonewall, ce bar new-yorkais d'où étaient parties en 1969 des émeutes violemment réprimées de militants de la cause gay.

Le sujet sensible avait été complètement passé sous silence il y a quatre ans, lors de la première investiture du premier président noir des Etats-Unis. Comme d'ailleurs lors de tous les précédents discours d'investiture. Seul Bill Clinton avait mentionné, après sa première prestation de serment en 1993, le "combat contre la crise mondiale du sida", ce qui avait ému le mouvement homosexuel.

"Le président Barack Obama a fait l'histoire aujourd'hui", s'est félicité Chad Griffin, président de Human Rights Campaign, la principale organisation de défense des homosexuels. "En évoquant pour la toute première fois dans un discours d'investiture les vies des gays et des lesbiennes, le président Obama envoie le message clair aux jeunes homosexuels de la côte du Golfe du Mexique aux Rocheuses, que les dirigeants de ce pays se battront jusqu'à ce que l'égalité devienne la loi dans ce pays".

Barack Obama a prononcé son discours, immédiatement après avoir prêté serment devant le président de la Cour suprême John Roberts, et en présence des huit autres juges de la haute Cour qui, les 26 et 27 mars prochains, examineront la question explosive du mariage gay.

C'est déjà le président qui avait aboli en 2011 la loi imposant aux militaires de taire leur homosexualité (Don't Ask, Don't Tell) et qui s'était ouvertement engagé en faveur du mariage homosexuel, à quelques mois de sa réélection le 6 novembre dernier.

Le président démocrate, réélu pour quatre années, a chargé un poète homosexuel d'origine cubaine, Richard Blanco, d'écrire un poème pour la cérémonie. Celui-ci a cité Martin Luther King et "le +j'ai fait le rêve+ dont nous continuons tous de rêver".

Pour la bénédiction solennelle, il avait finalement choisi le pasteur Luis Leon, qui a appelé à prier "pour les homosexuels et les hétérosexuels".

Dans une fausse note remarquée, le pasteur Louis Giglio avait été initialement choisi, mais avait dû se retirer après avoir provoqué la colère du mouvement homosexuel pour avoir prononcé un sermon homophobe dans les années 1990.

Déjà en 2009, Barack Obama avait offensé la communauté homosexuelle en choisissant le pasteur Rick Warren, opposant déclaré du mariage des couples de même sexe.

"Cette fois, il a soutenu les droits des gays dans des termes non équivoques", a déclaré à l'AFP Felipe Munoz, un militant de la cause homosexuelle de San Francisco. "C'est un signe évident à la Cour suprême pour qu'elle se range du bon côté de l'histoire alors qu'elle s'apprête à examiner la loi sur le mariage".

Les neuf juges de la haute Cour doivent trancher sur cette question sensible dans un pays où le mariage homosexuel est interdit au niveau fédéral mais légal dans neuf Etats américains sur cinquante ainsi que dans la capitale Washington.

Ils rendront fin juin leur décision historique sur l'interdiction de l'union des couples de même sexe en Californie et sur la constitutionnalité de la loi fédérale sur le mariage, qui prive les homosexuels légalement mariés des mêmes droits que les couples mariés hétérosexuels.


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