Haro contre le sexisme ambiant

Les avances faites par le leader libéral Rainer Brüderle à une jeune journaliste ont déclenché une tempête en Allemagne.

Marcel Linden, correspondant en Allemagne
Haro contre le sexisme ambiant
©AP

Les avances faites par le leader libéral Rainer Brüderle à une jeune journaliste ont déclenché une tempête en Allemagne. Des dizaines de milliers de femmes ont, dans une action sans pareil, dénoncé sur Twitter les excès sexistes dont elles sont régulièrement victimes. "Nous avons maintenant des luttes d'influence hommes contre femmes" , a lancé à la télévision publique Alice Schwarzer, l'icône du féminisme allemand.

Rainer Brüderle, 67 ans, est un homme politique important : le parti libéral a récemment fait du chef du groupe parlementaire au Bundestag sa tête de liste pour les élections nationales de septembre. Profitant du bon moment, le magazine "Stern", dont les couvertures sont souvent agrémentées de jeunes filles déshabillées, a publié la story de Laura Himmelreich, 28 ans, sur les réflexes sexistes du libéral. En janvier 2012, il y a donc un an, à minuit, au bar de l'hôtel Maritim de Stuttgart après le congrès libéral de l'Epiphanie, la journaliste avait abordé Brüderle en lui demandant - de façon certes désobligeante - s'il n'était pas trop âgé pour exercer une fonction importante dans son parti. Le ministre avait répondu, fixant sa poitrine, qu'elle remplirait bien un dirndl (la robe décolletée bavaroise), avant de lui faire des avances.

Les journalistes des autres médias se sont méfiés de la campagne antisexiste du "Stern", "qu'on soupçonne de vouloir faire augmenter ses ventes. Pourquoi une consœur accoste-t-elle à un bar d'hôtel à minuit un dirigeant qui a déjà bu quelques verres ?" , demande le jeune député social-démocrate Sebastian Edathy, adversaire politique, pourtant, du libéral.

En sa qualité de ministre de l'Agriculture de Rhénanie-Palatinat, M. Brüderle avait embrassé de bon aloi de multiples "reines du vin" des villages viticoles. Il n'a rien tenté à l'encontre de la journaliste du "Stern" - rien à voir donc avec Dominique Strauss-Kahn. Des milliers de femmes sont néanmoins montées au créneau, dénonçant, dans 60 000 tweets, le sexisme quotidien sous le hashtag#aufschrei, cri de révolte. Ces femmes se sont plaintes de brimades sexuelles subies sur leur lieu de travail, à l'université, dans la rue, le métro, etc. Pour une journaliste de la "Frankfurter Allgemeine", ces femmes "sont contentes de pouvoir enfin partager leur malaise puisque, dans la vie de tous les jours, elles ne s'opposent pas aux remarques et gestes sexistes, de peur de se faire traiter d'hystériques" . Pour elle, le lieu de rencontre entre hommes et femmes est "un champ miné" .

Selon la ministre libérale de la justice, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, les compliments d'un homme ne sont pas forcément des attaques sexistes. L'eurodéputée libérale Silvana Koch-Mehrin a concédé que M. Brüderle s'exprimait de façon "familière" . Mais le sexisme est à double tranchant. Par le passé, la députée, qui a perdu son titre de docteur pour avoir commis un plagiat, avait admis à la télévision : "Je suis belle et je serais bête de ne pas en profiter."

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