Les députés polonais ne veulent pas de l'union homosexuelle
Alors que la France est en pleine discussion sur le mariage homosexuel, la Pologne, elle, a coupé court à tout débat sur l'introduction de l'union pour tous. La Diète a rejeté, vendredi à Varsovie, trois projets de loi destinés à introduire, dans ce pays à majorité catholique, l'union civile pour les couples homosexuels et hétérosexuels.
- Publié le 30-01-2013 à 04h16
Pologne Correspondante à Varsovie Alors que la France est en pleine discussion sur le mariage homosexuel, la Pologne, elle, a coupé court à tout débat sur l'introduction de l'union pour tous. La Diète a rejeté, vendredi à Varsovie, trois projets de loi destinés à introduire, dans ce pays à majorité catholique, l'union civile pour les couples homosexuels et hétérosexuels.
"Il est bien dommage que nous n'ayions même pas pu avoir un débat sur cette question importante pour des milliers de couples en Pologne", nous a déclaré Robert Biedron, vice-président du Mouvement de Palikot. "La Pologne reste ancrée dans le XIXe siècle, elle est encore loin des pays modernes comme la France, la Belgique ou le Danemark. Pourtant, les trois projets étaient vraiment très conservateurs. Nous n'avons même pas imaginé proposer le mariage, l'adoption ou la procréation médicalement assistée pour les couples homosexuels", nous dit-il.
"Mais le pire", déplore-t-il, "c'était que le niveau du débat était très décevant, plein de vulgarité et d'insultes à l'égard de la députée transsexuelle Anna Grodzka". En cela réside tout le paradoxe de la Pologne : Robert Biedron, homosexuel déclaré, et Anna Grodzka, née Krzysztof Begowski, ont été élus en 2011 au Parlement avec, respectivement, 18 000 et 20 000 voix.
"Nous ne baisserons pas les bras, nous continuerons à lutter. Nous annoncerons ce mercredi la préparation d'un nouveau projet." Le Mouvement de Palikot saisira aussi la justice contre la députée de droite Krystyna Pawlowicz, qui a déclaré dans le journal "Gazeta Polska" : "Il ne suffit de se bourrer d'hormones pour devenir une femme".
Les deux projets présentés par les partis de gauche ont été rejetés à une écrasante majorité, tandis que celui de la Plateforme civique (PO) au pouvoir n'a été écarté que de 17 voix. Ce texte, le plus conservateur des trois sur la table, ne proposait pourtant même pas de possibilité d'héritage à la suite du décès d'un des deux partenaires ni d'avantages fiscaux pour le couple.
Le débat et le vote qui a suivi placent la Plateforme civique dans une situation embarrassante, une quarantaine de ses députés ayant voté contre le projet proposé par leurs coreligionnaires. Ce qui montre de profondes divergences au sein de ce parti qui se veut "libéral". Tant l'opposition de gauche que celle de droite espèrent en tirer des profits politiques, misant sur une nouvelle division lors d'un prochain débat sur des questions éthiques et morales. Un sondage, publié lundi, montre que la PO est sortie affectée du débat, perdant trois points (30 %), tandis que les sociaux-démocrates en ont gagné cinq (13 %) et le Mouvement de Palikot trois (à 11 %).
Quant à la droite catholique, qui perd elle aussi quelques plumes dans l'aventure (trois points de moins pour le Pis, à 25 %), elle ne voit pas pourquoi débattre de ce genre de projets qui, au dire du député conservateur Artur Gorski, visaient "à légaliser la décadence morale de la société et à cimenter la crise du modèle traditionnel de la famille".
