Les Sud-Africains se posent des questions
Je le voyais comme un modèle à suivre. Jamais je n'aurais cru ça de quelqu'un comme lui." La réaction de Sharon, une petite fille de 13 ans passionnée d'athlétisme, reflète le choc de la population sud-africaine face à l'affaire Oscar Pistorius. Incrédulité d'abord, colère, tristesse ou incompréhension ensuite.
- Publié le 20-02-2013 à 04h15
Paranoïa Je le voyais comme un modèle à suivre. Jamais je n'aurais cru ça de quelqu'un comme lui." La réaction de Sharon, une petite fille de 13 ans passionnée d'athlétisme, reflète le choc de la population sud-africaine face à l'affaire Oscar Pistorius. Incrédulité d'abord, colère, tristesse ou incompréhension ensuite.
"T out le monde l'appréciait. Il était sympathique, humble, motivé", raconte Daniel Van Der Vyver, un coureur amateur de 400 mètres rencontré dans le stade de l'Université de Pretoria, où s'entraînait régulièrement Oscar Pistorius. "S'il a vraiment fait ce qu'on lui reproche, il devait avoir de sérieux problèmes psychologiques."
Passionné des armes
Alors que la détermination et les succès d'Oscar Pistorius, triple champion paralympique, lui avaient conféré le statut de héros national, le voici tombé brutalement de son piédestal. Pire. Selon certains témoignages, derrière le sportif de haut niveau se cacherait un être anxieux, susceptible et passionné par les armes.
"Je suis tellement heureuse que Sa mmy soit en vie, loin des griffes de cet homme. A plusieurs reprises, avec cette arme, les choses auraient pu mal tourner pendant qu'ils étaient ensemble", a posté après le drame, sur son compte Facebook, la mère d'une ex-petite amie, Samantha Taylor.
En Afrique du Sud, l'affaire Pistorius semble intéresser tout le monde et surtout les médias, présents en très grand nombre lors de l'audience de mardi.
Ces derniers jours, il y a eu de nombreux rebondissements, relatés par la presse, qui surprennent chaque jour davantage la population sud-africaine.
Femmes et violence
Selon le tabloïd britannique, "The Sun", la police aurait aussi mis la main sur des stéroïdes anabolisants. Ces produits dopants ont pour effet d'augmenter la masse musculaire, mais une utilisation à forte dose peut aussi entraîner des comportements agressifs. Cependant, il ne s'agit pour l'instant que d'allégations, qui n'ont pas été confirmées par la police.
Seuls les résultats des prises de sang, auxquelles a dû se soumettre Oscar Pistorius, et de l'autopsie du corps de la victime pourront confirmer, ou non, ces affirmations.
Au-delà des faits, le drame relance aussi certains débats en Afrique du Sud. Celui de la violence faite aux femmes d'abord. Alors que le pays pleure toujours Anene Booysen, cette adolescente violée et assassinée il y a deux semaines, et dont le décès a provoqué l'indignation de la population, la violence domestique apparaît comme un autre mal endémique.
Selon l'association féministe POWA, 1400 femmes seraient tuées chaque année par leur conjoint. La Ligue des femmes de l'ANC, le parti au pouvoir, était d'ailleurs présente pour protester devant le tribunal de Pretoria lors de l'audience où a comparu l'athlète ce mardi.
Surarmé
Autre question : Oscar Pistorius aurait-il dû être armé alors qu'il avait déjà été impliqué dans plusieurs incidents témoignant d'un tempérament caractériel ?
L'Afrique du Sud est considérée comme l'un des pays les plus violents au monde. Les chiffres de la criminalité, particulièrement élevés, entraînent une paranoïa sécuritaire, comme en témoignent les hauts murs et clôtures électriques qui entourent pratiquement toutes les maisons de la classe moyenne.
Beaucoup de personnes possèdent aussi une arme chez elles et Oscar Pistorius aurait récemment demandé six licences pour des armes puissantes, en plus de celle qu'il possédait pour le pistolet 9 mm qui a tué Reeva Steenkamp.
Chaque arme à feu doit être enregistrée et les propriétaires doivent se soumettre à une série de tests d'aptitude au tir, ainsi qu'à une enquête de voisinage. La procédure est assez longue. Mais les armes, légales ou non, continuent à circuler en très grand nombre. "C'est un cercle vicieux", pense Adèle Kristens, de l'association "Gun Free South Africa", virulente militante anti-armes. "Plus les gens s'arment, plus les criminels feront de même car ils savent que, lorsqu'ils s'introduisent dans une maison, il y a de fortes chances que le propriétaire ait un revolver." Pour elle, l'affaire Oscar Pistorius reflète aussi les dangers d'une telle prolifération : "S'il n'avait pas été armé, Reeva Steenkamp serait très certainement toujours en vie."
