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ENTRETIEN

«Il faut revoir les règles de gestion des brevets»

PAR LAURENCE DARDENNE

Mis en ligne le 19/04/2001

Pour le Dr Stéphane De Wit, du Centre de référence sida, il s'agit de replacer le procès des firmes pharmaceutiques dans leur contexte et d'envisager la révision de la réglementation définie par l'Organisation mondiale du commerce

ENTRETIEN

Fort aise que la plainte ait été retirée alors que, d'emblée, il n'était pas disposé à tirer à boulets rouges sur les sociétés pharmaceutiques, le Dr Stéphane De Wit, du Centre de référence sida, nous expose tout en nuances sa vision de la problématique.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi vous êtes mitigé sur ce procès?

Je ne suis en effet pas sûr que l'on puisse affirmer qu'il est scandaleux que les firmes fassent un tel procès, car il faut tenir compte des règles du jeu d'application en la matière. Lorsqu'une firme possède le brevet pour une molécule, elle en a la propriété pour des années. Ces textes sont légaux et reconnus par l'Organisation mondiale du commerce (OMC). On peut donc difficilement ne plus les respecter du jour au lendemain, au risque que les sociétés pharmaceutiques arrêtent la recherche, leur seule source de financement en la matière venant du bénéfice réalisé à partir des molécules qu'elles ont mises au point.

Si vous n'êtes pas aussi péremptoire que certains pour jeter la pierre aux firmes pharmaceutiques, à qui donc la jetez-vous?

Je pense réellement que les règles du jeu sont faussées et qu'il faudrait revoir les règles définies par l'OMC. Car si les pays riches sont à même de payer le prix fort pour des médicaments afin de financer les années de recherche de l'industrie pharmaceutique, les pays pauvres, eux, ne peuvent pas le faire. Il faudrait donc instaurer un système qui prévoit, d'une part, une gestion différente des brevets pharmaceutiques dans les pays riches et dans les pays pauvres de telle sorte qu'ils ne soient pas d'application dans un certain nombre de pays prioritaires qui en ont grand besoin, ou qu'ils le soient pendant des périodes plus courtes, ou encore avec des implications financières moins lourdes pour ceux-ci , et d'autre part, que l'on règlemente parallèlement le commerce des médicaments pour éviter que des génériques fabriqués dans les pays pauvres, qui bénéficieraient de ce statut particulier au niveau des brevets, ne viennent pas inonder les pays riches. Il s'agit là d'une action politique qui ne dépend pas des firmes pharmaceutiques, lesquelles fonctionnent selon les règles actuellement en vigueur, mais bien de l'OMC. De nombreuses personnes très compétentes ont récemment défendu cette position au congrès de Chicago.

Est-ce la seule façon de réduire l'écart qui se creuse entre le Nord et le Sud?

Il est clair que si les firmes pharmaceutiques assument la situation actuelle et retirent leur plainte sans demander pour le moment une révision de la règlementation sur les brevets, c'est tant mieux. Mais cela me semble être une situation transitoire qui devra être réglée par une future adaptation, étape à mon sens essentielle. A moins que les firmes ne décident de fabriquer les médicaments à prix coutant.

Ce problème disons réglé, quelles sont les autres mesures à prendre?

Il faudra compter sur une aide financière substantielle et continue des pays riches pour aider à l'achat des médicaments y compris ceux à bas prix, de même que pour reconstituer un tissu sanitaire dans ces pays. Car apporter des médicaments est une chose, encore faut-il disposer de l'infrastructure médicale et paramédicale pour les administrer, ce qui est un objectif tout à fait réalisable. Des modèles ont en effet démontré que cela ne représentait pas des sommes faramineuses et qu'il était parfaitement possible aux pays riches de consacrer une partie infime de leur produit national brut pour aider de manière considérable la remise sur pied d'une infrastructure médicale dans les pays pauvres. Enfin, il faut continuer ou reprendre la lutte contre les autres maladies y compris celles qui ont un lien avec le sida, comme la tuberculose. Il est inutile de se battre contre le sida si, parallèlement, on ne lutte pas contre cette endémie ou contre les autres maladies sexuellement transmissibles.

© La Libre Belgique 2001

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