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france

A peine élu et déjà critiqué

BERNARD DELATTRE

Mis en ligne le 10/05/2007

Nicolas Sarkozy contraint d'interrompre sa "retraite" pour justifier son train de vie. Le Président élu n'a pas de "honte" et refuse de s'excuser. Les socialistes crient au scandale mais ont peu de leçons à donner.

C'est peut-être révélateur du climat régnant depuis dimanche soir en France, pays sorti très clivé d'une campagne présidentielle âpre comme jamais : sa première déclaration officielle depuis le soir de son élection, Nicolas Sarkozy a dû la consacrer mercredi non à lancer des projets ou à tracer des pistes pour l'avenir mais à tenter de désamorcer de manière impromptue une vilaine polémique.


  • Un courrier relatif à ce sujet dans le blog aux lettres de Jean-Paul Duchâteau.
  • Alors qu'aucun contact avec les médias n'avait été prévu à l'origine, le Président élu a été contraint d'interrompre pendant quelques minutes sa "retraite", destinée à le faire "habiter" la fonction présidentielle avant sa prise de fonctions la semaine prochaine, pour justifier devant les journalistes le faste de ses vacances méditerranéennes, qui faisait l'objet d'une polémique grandissante à Paris. Le prochain locataire de l'Elysée a dû assurer à ses compatriotes que son séjour à Malte n'avait "pas cou un centime aux contribuables", ayant été invité par l'industriel Vincent Bolloré à utiliser gracieusement son jet privé et son yacht sur lequel il a passé deux jours en croisière. Nicolas Sarkozy a déclaré ne pas voir "où est la polémique" et n'avoir aucune intention "de (se) cacher, de mentir, de (s')excuser". Selon lui, les Français feront d'ailleurs très bien "la part des choses". Il n'en écourtera pas moins ses vacances et rentrera dès mercredi soir à Paris.

    "Une forme d'arrogance"

    Le caractère fastueux de son séjour, comme son choix dimanche soir de fêter sa victoire dans un palace parisien, lui valaient depuis quarante-huit heures les quolibets de toute l'opposition (centriste y compris) et d'une grande partie de la presse (presse régionale y compris, généralement accommodante à son égard). Qui jugent cet étalage peu en phase avec son statut autoproclamé de "candidat du peuple" et de "Président de la France qui souffre", "choquant" même par son côté "débauche de luxe" en "forme d'arrogance" voire d'"insulte" envers les Français "qui rament". Et qui serait révélateur de "son gout de l'argent et sa proximité avec les milieux d'affaires".

    "Je souhaite pour l'économie beaucoup de Vincent Bolloré, c'est-à-dire des hommes qui sont capables d'investir pour créer des emplois", a répliqué Nicolas Sarkozy : "Ce n'est pas une honte d'avoir travaillé dur, d'avoir créé un grand groupe, de donner de l'emploi". Et de préciser que ledit industriel, qui l'a aussi confirmé, n'avait "jamais travaillé avec l'Etat" et qu'on ne pouvait dès lors soupçonner aucune connivence malsaine entre eux.

    Il n'empêche - et, selon des échos, son entourage en conviendrait -, cette controverse tombe mal peu après des accusations d'enrichissement immobilier indu et son affichage avec des exilés fiscaux, et peu avant la publication de son patrimoine. Ce n'est pas l'idéal non plus pour souligner la rupture avec l'ère Chirac, le Président sortant ayant lui aussi été jadis critiqué pour ses couteuses villégiatures.

    Même si les socialistes ont peu de leçons à donner. Eux qui ont été si longtemps muets et donc complaisants devant l'utilisation sans vergogne ni limites par le président Mitterrand des moyens de la République pour ses vacances dans les palaces égyptiens et/ou pour loger sa seconde famille.

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