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La provocation Wilders

Les Pays-Bas respirent

Gérald de Hemptinne, correspondant à Amsterdam

Mis en ligne le 28/03/2008

Le film islamophobe de Geert Wilders ne suscite pas d’explosion de violences. "Le film amalgame islam et violence", attaque Jan Peter Balkenende. "La meilleure réponse est une réponse responsable", dit un représentant musulman.

Prudemment les Pays-Bas respirent. Redoutant une explosion de violences, le pays s’est réveillé vendredi comme soufflé par le calme. Dans les rues des quartiers plus sensibles d’Amsterdam, seule la presse s’agitait, ainsi que quelques fidèles se rendant à la mosquée pour la prière. “Fitna” (en arabe : division au cœur de l’islam), le film islamophobe du député d’extrême droite Geert Wilders, diffusé jeudi soir sur internet, n’aura provoqué finalement que des débats, quelques déclarations, des railleries sur la médiocrité intellectuelle et artistique de l’œuvre, et donc quelques discrets soupirs de soulagement.

Sourates et images

Comparant le livre saint des musulmans à “Mein Kampf”,et demandant au Parlement d’interdire ce livre “fasciste”, Geert Wilders avait déjà provoqué l’émoi dans le passé. Mais quand il avait annoncé en novembre travailler sur un film à l’appui de ses thèses islamophobes, l’inquiétude du gouvernement était devenue manifeste. C’est que l’Europe a encore en mémoire le précédent danois, lorsqu’un journal de Copenhague avait publié une caricature de Mahomet avec une bombe cachée dans son turban.

C’est précisément par cette caricature que débute Fitna : sur une page d’un Coran, la tête du prophète. Gros plan sur la bombe : on voit la mèche qui se consume. Ensuite, pendant près d’un quart d’heure, Wilders cite des sourates qui incitent à la terreur contre les infidèles. Entre ces extraits, des images dures défilent : attentats de New York, de Madrid, de Londres, décapitation d’otage en Irak, assassinat du cinéaste Theo van Gogh. La preuve selon Wilders qu’islam et violence ne font qu’un.

Il puise également dans l’actualité sanglante du Moyen-Orient pour illustrer ce qui attend les Pays-Bas en voie d’islamisation : femmes en burkas, qu’on abat en cas d’adultère, jeunes gens pendus pour leur homosexualité, enfants badigeonnés de sang pour un pèlerinage, articles de presse évoquant des listes d’ennemis de la foi à abattre. Dernière image : une main fait mine de déchirer une page du Coran. Le noir se fait. Bruit de déchirure d’une feuille. Un texte explique que le bruit est celui d’un annuaire téléphonique, “car ce n’est pas à moi (Geert Wilders) mais aux musulmans de déchirer les pages haineuses du Coran”. Et après le communisme et le fascisme, d’appeler l’occident stopper l’islam.

Enfin la mèche de la bombe sur la tête de Mahomet réapparait et finit de se consumer. Pas d’explosion, mais un orage, comme celui qui l’islam fait planer sur l’occident, selon Geert Wilders.

Pas d’explosion

Les caricatures danoises avaient provoqué un vaste tollé dans le monde musulman et des réactions violentes à l’adresse du Danemark, des Danois et de leurs exportations. Redoutant une répétition des tensions à cause de Fitna, le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende s’était donc employé pendant des semaines à expliquer que les opinions de M. Wilders ne reflètent pas l’opinion des Pays-Bas, et à multiplier les contacts au sein de la communauté musulmane pour endiguer une éventuelle vague de mécontentement, tout en tentant de dissuader le député de mettre son projet à exécution.

Bombe ou pétard mouillé ? L’explosion n’a pas eu lieu. Quelques heures après la diffusion, le Premier ministre s’est fendu d’une déclaration solennelle en anglais, résumant la principale critique du film : “Le film amalgame islam et violence, nous rejetons cette interprétation”. “Nous pensons qu’il n’a d’autre but que d’offenser. Mais se sentir offensé ne doit jamais être une excuse pour l’agression ou la menace”, a-t-il poursuivi.

Il semble avoir été entendu, car même dans des pays tels que l’Iran, l’Afghanistan ou le Pakistan, où l’annonce du film avait déjà donné lieu à des menaces, aucun trouble n’a été signalé. Finalement les critiques les plus nombreuses sont venues d’Occident ou la plupart des chancelleries ont regretté que M. Wilders ait diffusé son film. Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a fermement condamné sa diffusion, jugeant que rien ne “justifie un discours de haine ou l’incitation à la violence”.

L’appel au calme et à la responsabilité des responsables de la communauté musulmane néerlandaise aux “frères à l’étranger” a peut-être joué un rôle également. “Nous nous sentons offensés par le lien entre la violence et l’islam, mais nous connaissons le bonhomme : la meilleure réponse est une réponse responsable”, a déclaré Mohammed Rabbae, président de l’organe de concertation marocain aux Pays-Bas. Vendredi, Wilders a annoncé qu’il accepterait le débat sur son film.

A la mosquée de Slotervaart, d’où les musulmans ont lancé leur appel au calme, on veut bien mais on est sceptique : voila deux ans qu’il multiplie les provocations sans jamais accepter le dialogue.

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