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Serbie

Le vent a tourné à Belgrade : les Serbes veulent entrer dans l'UE

Jean-Arnault Dérens

Mis en ligne le 31/07/2008

Le transfert de Karadzic à La Haye n'a pas soulevé les passions. Boris Tadic, le président, a gagné son pari.
Correspondant dans les Balkans

Une grosse semaine s'est écoulée entre l'arrestation de Radovan Karadzic à Belgrade, le soir du lundi 21 juillet, et son transfert à La Haye, à l'aube du mercredi 30. L'accusé et son avocat ont essayé jusqu'au bout de retarder ce transfert, utilisant toutes les possibilités offertes par la loi serbe de coopération avec le TPI. Mais la loi a été respectée, et Radovan Karadzic comparaitra devant ses juges ce jeudi après-midi.

Au grand dam des nationalistes serbes, qui ont tenté un dernier baroud d'honneur. Mardi soir, ils n'étaient pourtant que 15 000 sur la place de la République de Belgrade, à dénoncer la "trahison " que représenteraient l'arrestation de Radovan Karadzic et son transfert à La Haye. La manifestation était appelée par le Parti radical serbe (28 pc des voix aux dernières élections), et par divers groupuscules d'extrême droite.

A la tribune, on a même vu Velimir Ilic, ministre du précédent gouvernement et proche allié de l'ancien Premier ministre Kostunica, dont le parti avait aussi appelé à ce rassemblement.

A simple titre de comparaison, les manifestations de février contre l'indépendance du Kosovo avaient rassemblé près de 300 000 personnes à Belgrade. La cause du "héros serbe" ne mobilise plus, ce que confirment d'ailleurs les enquêtes d'opinion. Pourtant, les groupuscules nationalistes, notamment le mouvement ultraorthodoxe et semi-clandestin Obraz, ont lancé des appels au meurtre directs contre les principaux dirigeants de l'Etat serbe, notamment le président de la République Boris Tadic.

Plus grave encore, ces appels au meurtre ont été publiquement repris par une porte-parole du Parti radical. Lors d'une conférence de presse, la députée Vjerica Radeta a estimé que Boris Tadic devrait connaitre "la même fin " que la dynastie royale des Obrenovic, dont tous les membres ont été massacrés en 1903, et l'ancien premier ministre Zoran Djindjic, assassiné le 12 mars 2003.

Les mesures de sécurité ont été renforcées autour des dignitaires les plus menacés, et la justice serbe s'interroge encore sur les suites légales qui devront être données aux propos de Vjerica Radeta.

L'important, c'est l'Europe

Cependant, le danger réel ne doit pas être exagéré. Le transfert à La Haye de Slobodan Milosevic est l'une des raisons du meurtre de Zoran Djindjic, mais ce crime a mobilisé les structures de l'ombre de l'ancien régime, pas encore démantelées. Aujourd'hui, le Parti démocratique contrôle tous les services de sécurité. Seule la police est placée sous l'autorité directe du ministre Ivica Dacic, l'ancien adjoint de Milosevic et le dirigeant actuel du Parti socialiste (SPS), récemment "converti" à l'option pro-européenne. Ce dernier préfère cependant tenir profil bas, affirmant ne pas avoir joué de rôle direct dans l'arrestation de Karadzic.

De plus, l'opinion a évolué. La grande majorité des Serbes approuve l'arrestation de Karadzic et son transfert à La Haye, même si les citoyens continuent, majoritairement, à considérer le TPI comme une juridiction "partiale et politique" . En fait, les Serbes ne font toujours pas confiance au TPI, mais ils estiment que la coopération avec cette juridiction est indispensable pour tourner définitivement la page, et se concentrer désormais sur l'objectif qui mobilise la société : l'intégration européenne, perçue comme la promesse d'une vie meilleure.

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