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Congo-Kinshasa
Kivu: combats, fuites et incertitudes
Marie-France Cros
Mis en ligne le 29/10/2008
La situation au Nord-Kivu était toujours aussi dramatique mardi. Les manifestations contre la Monuc (Mission de l’Onu au Congo) à Goma ont cessé, notamment grâce à un appel du maire et du gouverneur de la province appelant les populations à ne plus attaquer les installations de celle-ci. Ces autorités "ont compris que beaucoup des manifestations menées contre nous, ces dernières semaines, étaient attisées, notamment par certaines autorités locales favorables à une solution militaire finale", a expliqué à "La Libre Belgique" une porte-parole de la Monuc, Sylvie Van den Wildenberg. La Monuc dispose de 6 000 soldats dans la région, sur un total de 17000 hommes. Et son chef, Alan Doss, a promis mardi soir que ses forces feraient "t out ce qui est nécessaire pour défendre la ville (Goma) et empêcher une catastrophe humanitaire".
Une stratégie de la tension
En dehors de la ville, les rebelles du général Laurent Nkunda ont continué à progresser. Son groupe armé, le CNDP, a poursuivi la porte-parole de la Monuc, "a ouvert plusieurs fronts ces derniers jours autour de la ville de Rutshuru , selon une stratégie qui nous parait claire: multiplier les fronts pour que nous soyons débordés, afin de mettre la pression sur le gouvernement et sur la communauté internationale".
Ces fronts sont ouverts dans des zones à forte présence de déplacés de guerre, ce qui a provoqué de nouveaux exodes cette semaine. Le Haut-commissariat aux réfugiés de l’Onu parle de 30000 personnes.
Le CNDP, qui a quitté le processus de paix lancé par les "Actes d’engagement" de janvier2008, veut des discussions directes avec Kinshasa, en territoire neutre.
Le processus avait été vicié par la présence, encouragée par Kinshasa pour "noyer" le CNDP, d’une multitude de groupes armés à la réalité aléatoire ; il avait été violé par le CNDP et par l’armée congolaise à de nombreuses reprises. La Monuc se contentant de prier la seconde de revenir à ses positions quand elle en sortait, tandis qu’elle utilisait les armes contre le CNDP dans le même cas, ce dernier a mis en cause sa neutralité dans le processus de paix.
Des informations contradictoires ont circulé toute la journée de mardi sur le sort de la ville de Rutshuru (à 70km au nord de Goma). Dans la soirée, les rebelles tutsis annonçaient avoir capturé la localité. "Nous avons pris Rutshuru et la localité voisine de Kiwanja", a déclaré à Reuters Bertrand Bisimwa, porte-parole des forces rebelles.
La Monuc indiquait avoir eu de "gros problèmes "avec la population de Rutshuru, qui a voulu, dans la journée, empêcher l’évacuation de personnels humanitaires qui le demandaient.
Expatriés partis
A Goma, la plus grande partie des expatriés non-Monuc auraient quitté la ville pour se rendre à Gisenyi, de l’autre côté de la frontière rwandaise, mais pratiquement accolée à la capitale du Nord-Kivu. Celle-ci semblait "quasi-morte", selon une source en ville, presque tous les commerces ayant fermé. Les habitants ont le sentiment de n’être protégés ni par l’armée, ni par la Monuc, toutes deux invisibles toute la journée de mardi, et redoutaient des pillages et viols par des militaires en débandade.
Des sources bien informées indiquaient cependant en début de soirée que la 82e brigade de l’armée congolaise (non intégrée, c’est-à-dire composée de troupes provenant uniquement de l’ancienne armée kabiliste, sans apport des différentes guérillas ayant fait la paix) reprenait mardi soir du terrain le long de la route Goma-Rutshuru.
Enfin, le commissaire européen au Développement, Louis Michel, a annoncé qu’il serait mercredi à Kinshasa pour évaluer les besoins humanitaires créés par la crise au Kivu.
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