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Édito

Novembre 08: un grand cru américain

Mis en ligne le 04/11/2008

Par Philippe Paquet

Les Américains se rendent aux urnes ce mardi et enfin s’achève un processus de sélection présidentiel incroyablement rigoureux qui aura tenu non seulement l’Amérique, mais l’ensemble de la planète en haleine.

Depuis deux ans, deux sénateurs - qu’on n’aura pas beaucoup vus au Sénat - se sont battus pour obtenir l’investiture de leur parti d’abord, leur billet pour la Maison-Blanche ensuite. Et, dans deux ans, l’un des deux, en toute logique, se remettra en campagne pour briguer un second mandat en 2012. Cela ne lui laisse pas beaucoup de temps pour mener sa politique et tenir ses promesses, mais ceci est une autre histoire.

Dans l’immédiat, on saluera une campagne extraordinaire, menée par deux candidats de qualité. Bien sûr, il y aura eu, de part et d’autre, des accusations gratuites et des approximations tendancieuses, mais on n’aura pas subi les attaques négatives auxquelles les élections américaines nous ont trop souvent habitués. John McCain en avait trop souffert, lors de sa première tentative présidentielle en 2000, pour y sacrifier à son tour. Et Barack Obama a fait pareillement montre d’une dignité constante.

Chacun des deux hommes ferait certainement un excellent Président. On ne peut s’empêcher d’être désolé pour John McCain, que les sondages donnent perdant. Pour la seconde fois, il est victime de la droite religieuse: en 2000, pour avoir voulu l’ignorer; en 2008, pour avoir cherché à la séduire en se flanquant de Sarah Palin - un choix qui l’a subitement privé de son plus solide argument contre Barack Obama: le manque d’expérience. Le sénateur de l’Arizona est sans doute trop modéré - trop honnête? - pour devenir aujourd’hui un Président républicain.

Ne pouvant profiter du soutien d’un Président sortant au comble de l’impopularité (il a dû au contraire faire campagne autant contre lui que contre son adversaire démocrate), John McCain a affronté par ailleurs un véritable phénomène. Sorti de nulle part, Barack Obama a rapidement donné le gout de la politique à des millions d’Américains et l’a rendu à des millions d’autres. De démagogique au départ, son discours a gagné en réalisme et en maturité à mesure que le sénateur de l’Illinois devenait présidentiable. Les foules attirées à ses meetings, le trésor de guerre amassé via l’Internet sont déjà une victoire pour Barack Obama.

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