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Etats-Unis - présidentielle

Reportage: Une élection historique

Philippe Paquet

Mis en ligne le 04/11/2008

Une inconnue: l’Amérique élira-t-elle ce mardi son premier Président noir? Plusieurs variables: le choix des minorités, la mobilisation des nouveaux électeurs, l’effet du vote anticipé. Et la crainte que l’affluence ne provoque le chaos.
Envoyé spécial à Santa Fe (NOUVEAU-MEXIQUE)

Un ultime marathon à travers les Etats susceptibles de faire la différence a conclu, lundi, la campagne des deux candidats à la présidentielle américaine. Baroud d’honneur illusoire ou sentiment que, malgré les sondages défavorables, tout peut encore basculer en sa faveur ce mardi, John McCain, en particulier, s’est livré à une spectaculaire "blitzkrieg" de dernière minute, visitant sept Etats en dix-sept heures, depuis la Floride jusqu’au Nouveau-Mexique.

Sa colistière, Sarah Palin, n’a pas davantage ménagé sa peine, mais le choix de ses étapes - le Colorado, le Nevada et même l’Iowa - montre à quel point le camp républicain est saisi par le doute et craint de perdre jusque dans des bastions où, il n’y a pas si longtemps, la victoire de M.McCain allait de soi.

Barack Obama était lui aussi en Floride, lundi, ainsi qu’en Caroline du Nord et en Virginie, deux fiefs républicains qui pourraient passer contre toute attente dans son escarcelle. Son colistier, Joe Biden, a concentré ses efforts sur l’Ohio, Etat industriel du Midwest qui, en 2004, avait donné la victoire à George W.Bush.

Un avantage en recul

Les derniers sondages continuaient à conférer un net avantage au candidat démocrate, mais l’écart tendait à se resserrer, tant au plan national que dans trois Etats clés: la Floride, l’Ohio et la Pennsylvanie. Aucun Président, dans l’histoire récente des Etats-Unis, n’a été élu sans gagner dans au moins deux d’entre eux. Si M.Obama semble assuré de l’emporter en Pennsylvanie, l’issue est beaucoup plus incertaine en Floride et dans l’Ohio. En cas de partage de l’enjeu, il faudra alors regarder vers l’Ouest. Il reviendra alors au Missouri, au Colorado ou au Nouveau-Mexique de sacrer le nouveau Président.

Les pronostics sont rendus plus difficiles, cette année, en raison de l’importance du vote anticipé (voir en page4). Dans certains Etats comme le Colorado, la moitié des électeurs ont déjà voté. A l’échelle nationale, un électeur sur cinq a déjà déposé ou envoyé son bulletin.

Un autre facteur d’incertitude réside dans le recrutement de centaines de milliers de nouveaux électeurs dans chaque camp, mais surtout chez les Démocrates. Vont-ils réellement voter? C’est la question qui hante aujourd’hui les deux états-majors de campagne.

L’électorat noir mobilisé

Le phénomène concerne en particulier les minorités ethniques et culturelles. L’électorat noir est bien entendu mobilisé comme il ne l’a jamais été. Il ne représente, certes, qu’un pourcentage restreint de la population. Toutefois, dans le cas d’un scrutin très disputé, cela peut suffire à faire pencher la balance, non seulement dans la présidentielle au demeurant, mais aussi dans tous les votes qui l’accompagnent ce mardi (députés et sénateurs, gouverneurs, représentants et magistrats locaux).

En Floride et dans les Etats du Sud-Ouest comme le Nouveau-Mexique ou le Nevada, les préférences de l’électorat hispanophone sont aussi à prendre en compte. Le poids électoral de celui-ci ne cesse de croitre et beaucoup disent ici que "l’heure du vote hispanique a sonné". Or, les "Latinos" sont pour Barack Obama à deux ou trois contre un.

Et le vote indien?

Il n’est pas, enfin, jusqu’aux Indiens qui ne songent à faire entendre eux aussi leur voix. Au Nouveau-Mexique, ils représentent 10 pc des 2millions d’habitants et leur pauvreté nettement supérieure à la moyenne nationale les prédispose sans doute à entendre le message social de Barack Obama.

Quoi qu’il en soit, tout le monde s’attend à un taux de participation quasiment sans précédent et, si le vote anticipé permet de réduire sensiblement les files d’attente dans les bureaux de vote, nul n’ose exclure des problèmes, voire pire. Des retards dans le dépouillement sont à craindre, de même que des contestations si le résultat est serré dans certains Etats. Le risque de se réveiller mercredi matin sans connaitre le nom du nouveau Président des Etats-Unis, comme ce fut le cas en 2000, mais aussi en 2004, est toujours là.

Le triomphe d’un métis

La frustration serait d’autant plus grande que tout un chacun est conscient de vivre une élection historique.

A Santa Fe, le chef-lieu du Nouveau Mexique où le métissage est presque un art de vivre, on se plait à souligner à ce propos que, plus que l’élection d’un Président noir, l’éventuelle victoire de Barack Obama, ce mardi, consacrerait le triomphe d’un métis. Dans un pays où, il n’y a pas si longtemps, certains Etats interdisaient les mariages interraciaux.

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