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La crise ? Une nouvelle facette du rêve américain
Stéphanie Fontenoy
Mis en ligne le 24/02/2009
L’allure sportive, le regard bleu, jean’s et blouson de cuir, John Tyler pourrait être un cadre qui a troqué le costume-cravate pour la tenue plus décontractée de fin de semaine. Sauf que vendredi sur le coup de 5 heures, son sac de sport à la main, celui-ci ne sortait pas du bureau, mais du centre pour l’emploi, la formation et le conseil professionnel de Manhattan, situé sur une artère vivante, mais pauvre de Harlem. Devant un café du McDonald’s voisin - " sans sucre, c’est très mauvais pour la santé ", précise-t-il -, le New-Yorkais de 45 ans, au chômage depuis deux semaines, est loin de s’apitoyer sur son sort. Licencié pour raisons économiques d’une société d’import-export où il travaillait depuis seize ans, il est tout louange pour " le filet de sécurité " que lui offre l’Etat américain dans cette passe difficile.
" Les Etats-Unis, ce n’est peut-être pas l’Europe, mais ce n’est pas non plus la Chine. Ce pays est incroyablement généreux ", dit-il convaincu, comme s’il ne revenait pas lui-même de sa "chance" de percevoir 26 semaines d’allocation de chômage, plus une extension de 13 semaines de compensation "d’urgence" votée en novembre pour faire face à la crise économique. En couple mais sans enfant, son appartement payé, John Tyler reconnait être un privilégié parmi les 420 000 New-Yorkais inscrits au chômage en février, contre 175 000 à la même période en 2008. Son chèque hebdomadaire de 405 dollars lui permet de payer ses factures, et même de dégager " un petit plus ".
De cette situation précaire, M. Tyler veut faire une opportunité, en créant sa propre entreprise de fret, sur Internet. La "force" des Etats-Unis, affirme-t-il, réside dans ses petits entrepreneurs indépendants. Faisant fi des mauvaises nouvelles économiques, il ne se défait pas de sa mentalité libérale : " D’ici deux ans , envisage-t-il, j’emploierai peut-être deux personnes ." Même optimisme chez Ahmdi Faisal, qui indique avoir trouvé en deux semaines un emploi d’agent de sécurité, après avoir quitté volontairement son poste chez un marchand de vêtements en cuir. " L’économie va mal, mais pas autant que les médias ne le disent ", rassure-t-il.
Sur papier, les licenciements massifs dans l’automobile, le commerce ou la construction, font peine à voir. Sous le coup de la récession, le taux de chômage à New York est passé de 6 à 7 pc en un an, se maintenant tout de même en dessous du niveau national qui pourrait atteindre 9 pc cette année, contre 5 pc en temps normal. Mais malgré une purge de 65 000 emplois à Wall Street, tout le monde n’est pas désespéré. Edward Poole, un jeune avocat d’affaires a été licencié début janvier, mais ses économies, dit-il, lui permettent de "voir venir" pendant deux ou trois ans. Il pourrait profiter de ce congé forcé pour partir apprendre le portugais au Brésil.
" Les gens du milieu qui touchaient de gros salaires n’étaient pas des idiots. Ils ont mis de l’argent de côté , explique une employée de la banque Crédit Suisse. Nous assistons à une transformation fondamentale dans le système économique de ce pays, qui était soutenu ces dernières années par le crédit facile. Mais au final, les banques recommenceront un jour à refaire de l’argent, et les professionnels du secteur attendent simplement de saisir de nouvelles opportunités ."
Quelques rues plus haut, en plein cœur de Soho, Ariel Horn, jeune patron d’une agence de publicité, refuse de voir s’éteindre l’optimisme et l’espoir qui s’étaient dégagés de l’élection de Barack Obama. " Nous ne devons pas oublier ce moment d’euphorie générale et la mission qui nous a été donnée de retrousser nos manches et de trouver de nouvelles façons de faire fonctionner l’économie ." La petite trentaine, déjà récompensé par trois "Emmy", le trophée des professionnels de la télévision pour son travail de promotion des Jeux olympiques, il a adopté une politique de "portes ouvertes" de son agence, invitant des créatifs sans emplois " pris sous le feu croisé de la récession ", à se réunir pour " développer ensemble les grandes idées de demain ". Malgré la crise, Horn Corp, sa jeune compagnie, crée il y a deux ans, qui se spécialise dans le marketing digital, compte de gros clients comme Apple, Google ou les marques de prêt-à-porter Nine West et American Eagle. Fier de son succès, il conclut : " J’ai toujours pensé que les crises éliminaient les sociétés qui n’étaient pas efficaces et qui ne regardaient pas dans la bonne direction ."
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