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Chine

Des troubles sur les marches tibétaines au Sichuan

Philippe Paquet

Mis en ligne le 03/03/2009

Immolation, manifestation, mise au pas : la tension monte à l’approche du 10 mars.

Plusieurs incidents ont éclaté sur les marches tibétaines, dans la province chinoise de Sichuan, à l’approche du 50e anniversaire de l’insurrection de Lhassa qui, le 10 mars 1959, se solda par la fuite en exil du Dalaï Lama.

Selon des informations contradictoires, plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de moines, ont manifesté dimanche dans le nord-ouest du Sichuan, après que les autorités chinoises leur eurent interdit d’effectuer les prières du Monlam, cérémonie qui accompagne traditionnellement les célébrations du nouvel an tibétain. La manifestation a été dispersée sous la contrainte et les moines ont été refoulés dans le monastère de Sey, lequel aurait ensuite été encerclé par les forces de l’ordre, rapporte-t-on.

Vendredi, un moine du monastère voisin de Kirti avait tenté de s’immoler par le feu pour dénoncer les restrictions mises aux pratiques religieuses dans la région. Selon la diaspora tibétaine, la police aurait alors tiré sur lui. Les autorités chinoises ont catégoriquement démenti cette accusation, mais ont confirmé la tentative d’immolation, précisant que la victime avait été hospitalisée et soignée pour des brulures au cou et au visage.

Ces informations n’ont pas pu être confirmées directement sur place. Une habitante de la ville d’Aba jointe par téléphone par l’Agence France Presse a indiqué qu’une manifestation avait bien eu lieu dimanche matin, mais elle a déclaré ne pas en connaitre les raisons et ne pas pouvoir en dire plus.

Les Tibétains de l’étranger assurent que les populations locales sont menacées de représailles si elles renseignent les journalistes. On sait que la législation chinoise punit lourdement la transmission de "secrets d’Etat", catégorie dans laquelle tombe nécessairement toute information jugée sensible par le régime communiste.

Les monastères de Sey et de Kirti sont situés près de la ville d’Aba, dans le département autonome tibétain et qiang de Ngawa (Aba en chinois), une vaste région de plus 80 000 km2 aux confins du Sichuan et du Qinghai, dans ce qui était la province tibétaine d’Amdo. C’est cette région qui fut dévastée par le tremblement de terre de mai dernier.

Une région touristique

Le département d’Aba est très touristique avec le site naturel de Jiuzhaigou, la réserve des pandas de Wolong et de nombreux monastères tibétains. Plus de la moitié de sa population est tibétaine et, parti de Lhassa, le mouvement de protestation de mars 2008 s’y était propagé comme une trainée de poudre. Depuis, la surveillance des autorités s’y est considérablement renforcée.

Des agences de presse ont révélé, en se fondant sur des déclarations de voyagistes sur place, que Pékin avait décidé de fermer la région autonome du Tibet aux touristes étrangers au moins jusqu’à la mi-mars. L’information a été démentie par les autorités, mais il ne fait guère de doutes que l’approche de la commémoration des évènements du 10 mars 1959 (qui double celle de la répression des émeutes du printemps dernier) crée une grande anxiété à Pékin, au Tibet et dans les provinces chinoises voisines.

Lundi, le "Quotidien du Peuple", organe officiel du Parti communiste chinois, accusait, dans un éditorial publié en première page, " certains Occidentaux " d’exploiter " la soi-disant question tibétaine" pour " défier la souveraineté de la Chine ".

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