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Directive pesticides
Des pesticides moins nombreux mais plus durables
Vincent Braun
Mis en ligne le 29/05/2009
Une grande ferme en carré, toute blanche, bordée de champs et d’un sous-bois abritant de luxueuses villas. C’est ici, à Lillois-Witterzée, entre Braine-l’Alleud et Nivelles, que réside et travaille Francis Goreux. Ce cultivateur de 62 ans compte quarante années de métier. Dans son exploitation d’une centaine d’hectares, il fait pousser des céréales (blé, froment), des betteraves sucrières et un peu de pommes de terre. Des cultures qu’il doit protéger, notamment en recourant à des pesticides. "J’essaie d’en utiliser le moins possible et suivant les conseils des organismes wallons compétents, dit-il, un peu sur la défensive . Je n’aime pas beaucoup ce terme de pesticide. Je préfère celui de médicament. Car ce sont des produits qui soignent les maladies des plantes." Les règlementations, elles, parlent de produits phytosanitaires, un sous-groupe des pesticides utilisés pour prévenir ou guérir les maladies des organismes végétaux.
Ses produits, M. Goreux les entrepose dans l’une des ailes de sa ferme, dans un local dédié. Une grille, un cadenas et un petit panneau frappé d’une tête de mort en découragent l’accès. A l’intérieur, quatre réservoirs à eau d’un côté et quatre congélateurs de l’autre, remplis de bidons et autres bouteilles. "L’hiver, je referme les couvercles pour protéger les bidons en cas de gel. Mais si l’un d’eux perce, le congélateur est bien sûr étanche." De sages précautions pour des produits souvent nocifs pour la santé et l’environnement. Tout comme les gants, le masque et la combinaison qu’il utilise quand il fait les mélanges destinés à la pulvérisation de ses champs. "Je travaille au pour cent près. Je n’ai aucun intérêt à utiliser trop de produits. Cela me coute déjà 200 à 300 euros l’hectare. Et puis, je suis bien conseillé. Des scientifiques vont dans les champs chaque semaine et avertissent les agriculteurs des maladies qu’ils ont repérées et des produits à utiliser pour les combattre."
Au début de l’année, les Vingt-Sept se sont accordés sur un nouveau cadre règlementaire. Le dénommé "paquet phyto", composé d’un règlement et d’une directive, va dans le sens d’une réduction drastique et d’une utilisation durable des pesticides. "On utilise moins de produits qu’avant, tant en nombre qu’en quantité de matière active par hectare. Depuis les années 1990, cela a déjà bien diminué, grâce au système d’avertissement et à l’évolution des molécules, souligne Bernard De Cock, de la Fédération wallonne de l’agriculture. Le nouveau cadre règlementaire va poursuivre et même amplifier cette tendance à la réduction. Le tout est de s’assurer que les agriculteurs vont pouvoir s’adapter suffisamment vite."
Le règlement, qui remplace la directive de 1991 encadrant la mise sur le marché des produits, harmonise et renforce les procédures d’agréation ainsi que les critères d’évaluation. Ce texte, qui sera donc directement applicable dans tous les Etats membres, met en avant la notion de danger et plus celle de risque, que l’on peut pourtant gérer ou réduire. "Donc, si une molécule présente un danger parce qu’elle est considérée comme cancérigène ou comme un perturbateur endocrinien, elle est tout simplement interdite. C’est problématique parce que combattre certaines maladies ou ravageurs demande des produits qui présentent inévitablement un certain danger. Et nous craignons que travailler sur base du concept de danger conduise plus rapidement à une exclusion des produits, avertit M. De Cock. Or, des produits, il faudra que l’on en ait de suffisamment efficaces pour que notre agriculture puisse être performante."
S’agissant de la directive, qui encadre les conditions d’utilisation des produits phytosanitaires, elle ne dépaysera pas trop les agriculteurs belges puisqu’elle confirme au niveau européen des mesures dont beaucoup sont déjà en vigueur chez nous. Comme le contrôle technique des pulvérisateurs ou la récupération des emballages des produits.
"Avec les nouvelles règles, ce sera plus dur. Mais on s’adaptera comme on l’a toujours fait. Les règlementations ont tendance à changer de plus en plus vite. C’est parfois lourd à gérer. Mais on est bien encadré", conclut Francis Goreux. Philosophe ou résigné ?
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