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Politique migratoire
Non, Paris n’a pas "honte"
Bernard Delattre
Mis en ligne le 29/10/2009
Le ministre français de l’Immigration, Eric Besson (ex-PS), l’a encore redit mardi, lors d’un déplacement au Royaume-Uni consacré à la politique migratoire : "Les retours forcés (de clandestins, renvoyés dans leurs pays) ne doivent plus être le fruit d’une seule nation. La lutte contre les filières mafieuses d’immigration clandestine doit être la priorité de l’Union européenne". En conséquence, à Bruxelles ces deux jours-ci, Nicolas Sarkozy insistera pour que "le Conseil européen ne rate pas ce rendez-vous", mais prenne "des décisions courageuses". Car "l’Europe ne peut plus attendre".
Ces dernières semaines, le gouvernement Fillon a été très en pointe sur la lutte contre l’immigration clandestine. Après la controverse autour du film "Welcome" - qui dénonçait les persécutions policières et judiciaires contre les particuliers aidant les sans-papiers - , après le démantèlement très critiqué de "la Jungle" de Calais (le bidonville peuplé de clandestins afghans voulant franchir la Manche), le tumulte autour de la politique migratoire a atteint un sommet à la mi-octobre. En pleine nuit, sur le tarmac de l’aéroport de Roissy.
C’est là, en effet, dans un secret quasi-militaire pour éviter les manifestations d’associations, que s’est posé en escale le dernier "vol groupé" en date organisé par le Royaume-Uni et la France, avec à son bord des Afghans à destination de leur pays. Trois Afghans interpelés récemment à Calais et à Paris sont montés à bord, direction Kaboul. Ce renvoi d’étrangers dans un pays en guerre a suscité un véritable tollé. Qui a forcé le ministre de l’Immigration à se justifier pendant plusieurs jours d’affilée. Et a irrité jusqu’au Premier ministre François Fillon, qui a décrété que la France n’avait "aucune leçon à recevoir" en matière d’humanité.
Paris assure que les renvois de sans-papiers, a fortiori dans des pays en guerre, ne sont décidés qu’"au cas par cas". Et si trois conditions sont remplies : l’épuisement des procédures éventuelles de demande d’asile, la garantie que la sécurité de ces étrangers sera assurée dans leur pays, et l’octroi d’aides à la réinstallation. Ces prérequis remplis, la France juge qu’elle doit renvoyer les clandestins, y compris vers l’Afghanistan, sous peine de créer "un appel d’air" dont profiteraient "les filières mafieuses". Et puis, comme a justifié le ministre (néo-centriste) de la Défense, Hervé Morin, agissent pareillement "même des pays qui, en termes de droits de l’homme et de protection de la personne, ont un comportement plus doux que le nôtre, comme la Norvège ou la Suède".
De janvier à juillet 2009, 17000 étrangers en situation irrégulière ont donc été renvoyés. Mais, concernant l’Afghanistan, le tollé a été de taille. "Charters vers la guerre", "vols de la mort" ou "de la honte", "scandale hallucinant", "cynisme abject", "ignominie", "renoncement aux valeurs de l’Europe", ont tonné l’opposition et les associations. Quelques parlementaires UMP et ministres d’"ouverture" ont dit leur trouble. L’opinion quant à elle, est partagée mais plutôt hostile. Selon un sondage récent, 44 % des Français sont opposés aux vols vers l’Afghanistan, 36 % y sont favorables et 20 % ne se prononcent pas.
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