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20 ans après la chute du Mur de Berlin

Une "maison commune"

Véronique Leblanc

Mis en ligne le 09/11/2009

Mikhaïl Gorbatchev plaide pour “une Europe forte et une Russie forte” alliées.
Correspondante à Strasbourg

Il y a 20 ans, le 6 juillet 1989, quelques mois avant la chute du mur de Berlin, Mikhaïl Gorbatchev était au Conseil de l’Europe de Strasbourg où il plaidait pour une "maison commune européenne". Le dernier dirigeant de l’URSS y est revenu le mois passé, invité d’honneur des commémorations du 60e anniversaire de l’organisation.

Fatigué, alourdi dans la démarche, l’homme se réveille une fois à la tribune - il est, avec Bill Clinton, le conférencier le plus demandé de la planète -, l’œil vif derrière les lunettes et toujours un zeste d’humour en réserve. Pour lui comme pour bien d’autres, le cours de l’Histoire "s’est accéléré brusquement en 1989, et la chute du mur de Berlin", qu’il n’imaginait toutefois pas aussi rapide, "en est le symbole". Se voit-il en homme providentiel ? Il reste modeste : "La réunification de l’Allemagne a eu lieu parce que le peuple allemand l’a voulue", dit-il. "Et non pas parce que Gorbatchev, Kohl ou Bush l’avait souhaitée. L’Amérique a souvent en mémoire la requête du président Reagan : monsieur Gorbatchev, démolissez ce Mur ! Mais un homme pouvait-il le faire seul ? D’autant que certains défendaient une tout autre position. Margaret Thatcher nous avait ainsi dit sans détour : "Sauvez ce Mur !"."

Reste que rien n’aurait été possible sans ses fameuses politiques de glasnost et de pérestroïka. Des changements qu’il dit avoir engagés parce que "l’époque était mûre pour les accueillir. Parce que des hommes et des femmes, qui ne voulaient plus vivre sans liberté, isolés du monde extérieur, les exigeaient". "Nous avons donné à nos compatriotes la possibilité de discuter ouvertement des problèmes du pays", dit-il. "A la liberté de parole s’est jointe la liberté de réunion, de vraies élections au lieu de simulacres. Les gens ont pu avoir leur propre entreprise, accéder à la propriété privée. Furent ainsi démantelées les structures fondamentales du régime totalitaire. Impossible alors de refuser aux autres pays du pacte de Varsovie, le déploiement d’un processus analogue à celui mis en œuvre chez nous."

Pourtant - et l’homme s’en souvient avec malice - les dirigeants des Etats frères étaient plus que dubitatifs lorsqu’il les a assurés que quelles que soient les réformes qu’ils mettraient en route, Moscou n’interviendrait pas, renonçant ainsi à "la doctrine brèjnevienne de la souveraineté limitée". "J’ai regardé les visages de mes collègues et j’y ai lu : encore une déclaration de pure forme d’un nouveau secrétaire général."

On connait la suite : les changements de régime en Europe centrale et orientale sans le moindre char russe pour les réprimer, la chute du mur de Berlin tombe entrainant le communisme d’Etat dans sa suite. "A l’époque, les leaders européens furent à la hauteur d’un évènement qui ouvrait des possibilités inimaginables pour le monde, mais aujourd’hui", constate Gorbatchev, l’Europe n’est pas "la composante de la politique mondiale qu’elle devrait être. Elle a cédé à l’Otan ses prérogatives de paix et son élargissement offre des résultats contradictoires". En cause, selon lui, un rythme d’adhésion trop rapide lié à des relations "versatiles et instables avec une Russie réduite à un rôle de fournisseur de ressources prié de rester à sa place".

La veille, il avait rappelé au passage devant le maire de Strasbourg, que "l’URSS a payé de 30 millions de vies la Seconde Guerre mondiale, ce n’est pas un reproche, c’est juste un rappel", et expliqué, en ce qui concerne l’évolution démocratique de la Russie, que si beaucoup de chemin restait à parcourir, de nombreuses étapes avaient été franchies. "Nous ne sommes pas dans un conte de Harry Potter. Je dis souvent à nos amis américains : vous avez une démocratie, mais vous avez mis 200 ans à la construire, et vous voudriez que nous la réalisions en 200 jours. Certes, nous sommes plus talentueux que vous, mais pas autant que vous le croyez !"

Ses craintes pour l’avenir : la crise économique "loin d’être achevée", la "constante militarisation de la politique mondiale", le défi écologique essentiel pour un homme aujourd’hui à la tête de la Green Cross, une ONG vouée à la défense de l’environnement "Le XXIe siècle sera imprévisible", conclut-il. Pour l’affronter, "il faut une Europe forte et une Russie forte" alliées dans cette "maison commune" qu’il évoquait il y a vingt ans. "Les problèmes et les désaccords sont inévitables, même entre amis très proches, mais il faut éviter l’esprit de confrontation. Il ne faut pas gaspiller les possibilités immenses qui nous viennent d’une même histoire, d’une même géographie, d’une communauté de culture, si nous voulons être la locomotive du progrès dans un monde de paix." Pour Gorbatchev, la réunification de l’Allemagne semble être la préfiguration d’une autre synergie, celle de l’Europe et de son pays.

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