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Union Européenne

Union Européenne, chacun fait son trou

Sabine Verhest, avec OleB

Mis en ligne le 11/12/2009

Le premier Conseil européen sous l’ère du traité de Lisbonne s’est ouvert jeudi à Bruxelles. L’Espagne regrette le bon vieux temps.

José Luis Rodriguez Zapatero envie probablement Fredrik Reinfeldt : le Suédois est le dernier chef de gouvernement à avoir l’insigne honneur de présider un Conseil européen, ces jeudi et vendredi à Bruxelles, alors que l’Espagnol est le premier à devoir céder sa place au nouveau président permanent. Le Belge Herman Van Rompuy prendra officiellement ses fonctions le 1er janvier - il reste donc vingt jours au Premier ministre français François Fillon, qui a encore commis un beau "Van Rompoui" hier, pour réussir à prononcer son nom.

"Ceux qui pensent qu’il est indolore et sans saveur vont être surpris. On a élu un vrai patron", assure-t-on une fois encore dans l’entourage du président Nicolas Sarkozy. Mais le débat tourne moins autour de la personnalité réelle ou supposée de l’ancien Premier ministre belge que de la manière d’entrer de plain-pied dans l’ère Lisbonne - du nom du nouveau traité européen. Herman Van Rompuy a ainsi livré aux Vingt-sept, hier soir, sa vision du fonctionnement futur du Conseil européen, qui devient une institution à part entière. Il a notamment proposé d’organiser les discussions informelles au coin du feu entre chefs d’Etat et de gouvernement. Mais "il faut que je découvre la fonction", avait-il aussi reconnu à Bonn, en fin de matinée, lors du sommet du Parti populaire européen. "Je ne l’ai pas recherchée. Maintenant que je l’ai obtenue, je vais parcourir le chemin avec vous, avec conviction et avec enthousiasme, a-t-il assuré. Je ne ferai pas de déclarations avant de prendre mes fonctions. Et quand je parlerai, ce sera au nom de l’UE et avec la certitude que je parlerai avec l’assentiment le plus large."

Avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, chacun s’évertue à trouver (ou garder) sa place dans le nouveau jeu institutionnel européen. Non sans provoquer un "choc des bureaucraties", qui "se heurtent comme des plaques tectoniques", pour reprendre l’expression d’un diplomate belge. Les ministres des Affaires étrangères, en particulier, jouent des coudes - enfin, certains d’entre eux. Car si les chefs d’Etat et de gouvernement se sont retrouvés jeudi soir à Bruxelles pour discuter du réchauffement climatique ou de la situation économique et financière, ils l’ont fait sans les chefs de la diplomatie. Seuls les plus hauts dirigeants - Yves Leterme pour la Belgique -, les présidents du Conseil européen Herman Van Rompuy et de la Commission José Manuel Barroso, ainsi que la nouvelle Haute représentante pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, ont eu accès au saint des saints.

Et la pilule passe mal. "J’ai eu le sentiment qu’on attendait de moi que je sois le président d’un syndicat des ministres des Affaires étrangères" protestant contre cette nouvelle disposition du traité de Lisbonne, a expliqué le Suédois Carl Bildt au Parlement européen. "Des ministres ont eu une réaction puérile, voulant forcer leur présence" au sommet, rapporte un diplomate européen. "Le traité de Lisbonne ne donne plus de rôle à la présidence semestrielle pour les Affaires étrangères. Ceux qui veulent poursuivre dans cette voie sont des saboteurs, dit-il. Nous sommes contre toutes les manœuvres d’arrière-garde." En France "en tout cas, la question n’est pas franchement discutable" , a récemment déclaré le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Pierre Lellouche. "Connaissant notre président de la République, s’il a envie de s’emparer d’un sujet de politique étrangère, je crois qu’il ne demandera pas leur avis à ses ministres !"

Mais l’Espagne, qui prend les rênes de l’Union le 1er janvier 2010, parait mal digérer le fait de ne pas jouir d’une présidence semestrielle pleine et entière. Elle a déjà obtenu de pouvoir organiser deux sommets à Madrid, l’un avec les dirigeants latino-américains, l’autre avec Barack Obama. Et risque de "pousser un peu sur le côté" Herman Van Rompuy et Catherine Ashton, selon un diplomate européen. Mais la Britannique "a très vite pris le pouvoir" , argüe un diplomate belge. "Les plans de la présidence espagnole vont être bouleversés par son rouleau compresseur." M. Van Rompuy, quant à lui, se rendra mardi à Madrid pour pacifier la situation avec M. Zapatero.

En attendant, le service d’action extérieure de la Baronne Ashton et le cabinet de M. Van Rompuy se dessinent. L’homme est bombardé de CV et de lettres de motivations - un demi-millier pour vingt-deux postes à pourvoir. Deux Belges ont déjà pris leurs quartiers au Juste Lipse : son porte-parole Dirk De Baker, ainsi que Frans Van Daele. Ce diplomate de haut vol, apparenté au CD&V, a enchai les postes les plus prestigieux : l’Union européenne, Washington, les Nations unies ou encore l’Otan.

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"Problème commun"

La crise économique et ses suites se sont invitées jeudi au sommet européen de Bruxelles, avec des inquiétudes croissantes autour de la Grèce, devenue un problème pour toute l’Europe, et une offensive franco-britannique pour taxer les bonus bancaires (pp.26-27). "Nous allons devoir discuter avec ceux des Etats qui ont les plus grosses difficultés à le faire sur la façon de maintenir l’euro stable, c’est notre souci à tous", a souligné la chancelière allemande Angela Merkel, en parlant d’un "problème commun". Mais le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, dont le pays n’appartient pas à la zone euro, a appelé les Grecs à régler leurs problèmes financiers seuls. "Ce à quoi nous assistons en Grèce est naturellement problématique, mais il s’agit fondamentalement d’un problème interne qui doit être résolu par des décisions domestiques." Les traités européens prévoient que lorsqu’un Etat connaît des difficultés exceptionnelles, les pays peuvent lui accorder, sous certaines conditions, une assistance financière. Mais la question d’une telle aide n’est pour l’instant pas d’actualité. Le Premier ministre grec Georges Papandréou a cherché à nouveau à rassurer. "Nous sommes prêts à faire des changements très forts et importants" pour réduire la dette nationale, a-t-il déclaré à Bruxelles. Autre sujet d’inquiétude : l’Espagne, qui a également été sanctionnée mercredi par Standard and Poor’s en raison d’inquiétudes sur ses déficits publics. Mais le chef du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, s’est voulu lui aussi rassurant jeudi, soulignant que "le Trésor espagnol se finance tout à fait normalement".

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