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Maroc | Migrations (2/3)
Réfugiés sans refuge
Yasmina Hamlawi
Mis en ligne le 31/12/2009
Originaires de la République démocratique du Congo (RDC), du Tchad, de Côte d’Ivoire ou du Libéria, les personnes réfugiées au Maroc, dans un mouvement quasi unanime, exigent d’être réinstallées dans un pays tiers. Confrontées au racisme, sans ressources, elles reprochent au Haut commissariat aux réfugiés (HCR) de ne pas préserver leur intégrité physique et leur dignité.
Fuyant des violences, des persécutions ou la guerre civile dans leur pays d’origine, certains rêvent de rejoindre l’Europe. D’autres ont été malmenés de pays en pays par les circonstances avant d’aboutir en Afrique du Nord.
Ce passé de douleur et de sang qu’ils partagent leur vaut d’être reconnus par le HCR comme "vulnérables" et donc placés sous le statut de réfugié. Pourtant, le Maroc dénie leur statut international de personnes protégées et les emmure dans la clandestinité et la misère. "Pas de travail, pas de soins médicaux légaux, pas de respect, pas de libre circulation Nous sommes clandestins alors que nous avons la carte de réfugié", explique Stéphane Gnako Yechi, l’un des porte-paroles des réfugiés.
Bien que le Maroc soit signataire de la Convention internationale de 1951 relative au statut des réfugiés, il n’a pas élaboré de politique d’intégration et de protection des réfugiés et demandeurs d’asile. Ceux-ci sont assimilés à des migrants en situation irrégulière, sans papiers et, par conséquent, sans droit.
L’un des motifs de la confusion tient au fait que les réfugiés empruntent les mêmes routes, les mêmes transports et payent les mêmes passeurs que les migrants dits "économiques", qui quittent leurs pays volontairement pour de meilleures conditions de vie.
Mabiala Nsamuambote avait 15 ans lorsqu’il est arrivé, fuyant les brutalités des milices en RDC. Il réclame la réinstallation dans un pays européen, pour une meilleure protection de ses droits : "Au Maroc, nous sommes comme des gens enfermés dans une bouteille. J’ai passé 5 années au Maroc et je n’ai aucun avenir ici. Les autorités marocaines nous l’ont démontré durant ces années, elles ne veulent pas intégrer les réfugiés et nous donner des titres de séjour."
Selon Chadi Sidhom, du Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme, le refus officiel du Maroc d’intégrer les réfugiés tient à des réalités socio-économiques. Le Maroc avance un taux de chômage élevé - au-delà de 15 % selon les sources les plus réalistes - pour renvoyer aux calendes grecques un dossier difficile. L’argument tourne court en regard du faible nombre de réfugiés sur le sol marocain: "Ce ne sont pas 800 réfugiés qui vont chambouler le marché de l’emploi", dit-il.
La loi n° 02-03 a pourtant posé un premier jalon vers une reconnaissance. Datant de 2003, elle aborde certains droits : interdiction des expulsions des réfugiés ou demandeurs d’asile, protection des femmes enceintes et des mineurs, droit de recours. Elle évite cependant avec soin le droit au travail. Aucun processus de ratification n’ayant vu le jour, le texte législatif est resté lettre morte, et avec lui les droits protégés.
Fiston Masamba, réfugié de RDC, se considère comme prisonnier. Alors qu’une reconnaissance par le HCR devrait donner accès aux soins, au travail, à une carte de séjour et à un titre de voyage, "les réfugiés au Maroc vivotent, ils n’ont pas accès au travail, ils sont réduits à vivre comme des parasites dans cette société qui ne les accepte pas vraiment".
Pour Johannes van Klaauw, représentant du HCR au Maroc, la situation s’est sensiblement améliorée depuis que le HCR a pu officialiser sa présence. Les réfugiés ont quitté les abris des forêts de Gourougou et de Bel Younesh pour partager des appartements dans les quartiers populaires de Rabat ou Casablanca, où ils sont mieux protégés contre l’expulsion.
En matière d’asile, les pays européens parlent de "principe de partage des responsabilités" pour transférer aux pays du Maghreb une partie de l’accueil des demandeurs d’asile. Cette politique du "partage du fardeau" ou "d’externalisation", telle que la dénoncent les associations de droits de l’homme, se construit avec le soutien du HCR qui estime que "des pays africains beaucoup plus pauvres accueillent beaucoup plus de réfugiés". Selon les organisations défendant les droits des réfugiés, 80 % des réfugiés sont pris en charge dans les pays pauvres. L’Europe n’en accueillerait qu’environ 5 %. Face aux tensions, le HCR demande de la patience et évoque un possible engagement du gouvernement marocain ces prochains mois.
Loin des tables ministérielles, les réfugiés pensent en termes de survie. Très peu ont réussi à obtenir des petits emplois informels. Les autres sont poussés à des extrémités pour obtenir de quoi se nourrir et payer leurs loyers. Mabiala Nsamuambote raconte un quotidien pénible : "Pour survivre, les hommes mendient devant les mosquées, et les femmes se prostituent, c’est comme une obligation pour les femmes de se prostituer. Certaines se prostituent parfois pour un pain ou un dirham (NdlR : 1 € = 10 dirhams)" . Un réfugié à ses côtés ajoute à voix basse : "Certains hommes se prostituent aussi, quand ils n’ont plus le choix "
Face à ces revendications, Johannes Van der Klaauw renvoie les Etats à leur responsabilité : "Seulement 1% des réfugiés dans le monde est réinstallé dans des Etats tiers en cas de persécutions graves avérées ou de tortures."
Jusqu’à présent, les yeux restent fermés sur les violences sexuelles et raciales que subissent les femmes réfugiées. Mme M. a fui la RDC, mais elle était loin de s’imaginer que le Maroc ne serait guère un refuge. "On nous refuse le travail car nous n’avons pas de titre de séjour." Son regard triste se porte sur ses quatre enfants qui jouent autour d’elle. "Alors, le soir, je dois sortir pour nourrir mes enfants, j’utilise des préservatifs, mais je suis quand même tombée enceinte. Je suis seule, si je ne sors pas la nuit, mes enfants ne mangent pas." Avant de poursuivre à bout de nerfs, "on est ici nombreuses nombreuses avec les enfants à devoir faire ça !"
Le non respect des droits des réfugiés ou les menaces envers leur intégrité physique n’ont pas empêché l’Europe de faire du Maroc le laboratoire de l’externalisation de leur politique migratoire. L’installation des réfugiés dans des pays plus sûrs reviendrait pour l’Europe à avouer l’échec d’une politique qui se construit davantage sur un "fantasme d’ invasion" que sur les réalités de terrain.
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