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Italie

Le trop-plein des clandestins

Mis en ligne le 09/01/2010

Des centaines d’immigrés africains ont provoqué une émeute dans les rues de Rosarno. Ils exprimaient leur lassitude des vexations et provocations dont ils sont victimes.
Eric Jozsef Correspondance à Rome

Victimes d’exploitation, de vexations et de provocations, des centaines d’immigrés africains, le plus souvent clandestins, ont provoqué depuis jeudi soir une véritable émeute dans la petite ville calabraise de Rosarno. Vivant depuis des années dans des conditions d’habitat et d’hygiène terribles, travaillant dans les champs d’agrumes jusqu’à quatorze heures par jour pour une vingtaine d’euros, ils ont bloqué et saccagé une partie de la commune et se sont très violemment affrontés aux forces de l’ordre après avoir été une nouvelle fois l’objet d’intimidations.

Jeudi après midi, deux d’entre eux ont en effet été pris pour cible et légèrement blessés par des inconnus tirant avec une arme à air comprimé. Au retour du labeur, les centaines d’étrangers ont alors décidé de se rassembler pour bloquer dans un premier temps les routes d’accès à Rosarno avant de fondre dans le centre-ville. Armés de barres de fer, de bâtons et de pierres, ils ont caillassé les commerces, bru des bennes à ordures, détruit de nombreuses voitures.

Dans la soirée, la police est intervenue, chargeant très durement les manifestants. Jeudi soir, le bilan était de 34 blessés et de sept immigrés arrêtés. La protestation a repris vendredi matin avec le renfort de centaines d’immigrés provenant de toute la région de la plaine de Gioia Tauro (qui accueillerait au total 15 000 étrangers).

Les écoles et les commerces de Rosarno sont restées fermées tandis qu’une partie des habitants s’organisaient à leur tour contre les immigrés, certains tirant des coups de feu en l’air. Le calme n’est provisoirement revenu qu’après une rencontre entre une délégation de travailleurs africains et le commissaire Francesco Bagnato qui assure l’administration de la Ville depuis que le conseil municipal a été dissout pour infiltrations mafieuses. Le représentant de l’Etat a assuré aux immigrés que leurs dortoirs seront "surveillés et protégés", que des toilettes chimiques installées.

"Les lieux où ils vivent sont comme les cercles de l’enfer de Dante", a rappelé Don Carmelo Ascone, le curé de Rosarno.

Après l’entrevue avec le commissaire, les travailleurs africains ont accepté de mettre un terme à la manifestation. Mais une centaine d’habitants de la ville se sont à leur tour mobilisés pour occuper la mairie et demander l’expulsion des étrangers. "Basta avec les extra-communautaires, il faut qu’ils s’en aillent", a hurlé l’un des meneurs parcourant les rues de la ville en voiture avec un mégaphone.

Le ministre (Ligue du Nord) de l’Intérieur Roberto Maroni a profité des incidents pour parler d’une "trop grande tolérance envers l’immigration clandestine". Le Parti démocrate estime au contraire qu’il "faut prendre le problème à la racine" et combattre "la mafia, l’exploitation et le racisme".

La police n’exclut d’ailleurs pas que la ‘Ndrangheta soit derrière les attaques anti-immigrés pour alléger la pression de la lutte contre les clans. Le haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) se déclare en tout cas "très préoccupé" et estime qu’il est indispensable "d’empêcher la chasse à l’immigré".© Libération

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